La gratuité, c’est la surabondance du don

© Florent Benard

La gratuité, c’est la surabondance du don

Kevin a 27 ans, beaucoup d’amis, une vie très riche, pleine d’activités sportives, culturelles, et un beau métier qu’il exerce depuis sa sortie d’école de commerce. Bref tout va bien pour lui, même s’il reconnait que de temps en temps il cherche un peu le sens de tout cela, mais ça passe vite.

Un ami d’enfance lui demande un jour de venir avec lui à Lourdes comme brancardier auprès des personnes malades et handicapées du diocèse. Chacun de ces mots heurte presque les oreilles du jeune homme, tellement c’est loin de son univers : « Lourdes, brancardier, handicap, et même diocèse ». Mais il n’arrive pas à dire non à l’insistance de cet ami, et le voilà brancardier pendant cinq jours.

Je le rencontre au retour, rayonnant : « On m’avait dit que c’était bénévole, mais je ne me suis jamais autant enrichi » dit-il amusé de ce jeu de mot. Et de décrire les rencontres, les amitiés, les fou-rires, les célébrations, et même les piscines où il a accompagné non sans anxiété un homme malade qui le lui a demandé.

L’expérience de Kevin est à la fois singulière et banale. Qui d’entre nous n’a pas entendu ou prononcé lui-même ces mots : « j’ai tellement plus reçu que je n’ai donné ». Et ce, quel que soit l’engagement, auprès de personnes âgées, handicapées, hommes et femmes de la rue, ou autres personnes vulnérables. Comme si le don gratuit n’existait pas réellement, puisqu’il revient automatiquement en retour en surabondance de don. Jésus lui-même l’a dit selon Saint Paul : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ».

C’est pour cela que le plus grand cadeau que l’on puisse faire parfois à un ami, c’est de le pousser, gentiment, à rencontrer des personnes vulnérables. Elles ont tant à donner ! Comme le disait Benoit XVI, elles ouvrent à la gratuité qui sauve le monde.

Une personne handicapée mentale de l’Arche a dit : « Si on payait les bénévoles plus cher, ça donnerait envie à plus de monde de travailler gratuitement ». Je me demande si par ces mots amusants, elle n’a pas intuitivement formulé ce paradoxe de la gratuité qui enrichit.

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame