Dieu travaille de façon souvent inattendue

© Florent Benard

Dieu travaille de façon souvent inattendue

Michel est diacre permanent, la cinquantaine bien tassée. Il est conseiller spirituel d’un groupe Relais Lumière Espérance, qui rassemble des proches de personnes malades psychiques. Il participe au pèlerinage national du mouvement à Lourdes en mai dernier et s’apprête à témoigner devant l’assemblée. Pour cela, il se lève difficilement de son fauteuil roulant. Car il est atteint d’une maladie neurologique qui gagne peu à peu du terrain.

« Il y a cinq ans, -dit-il- j’étais déjà avec vous ici même pour le dernier pèlerinage. Ma maladie gagnait du terrain, mais je luttais. Je marchais encore, au prix d’une grande fatigue. Alors, j’ai dit au responsable que je n’irai pas aux processions. Mais peu après, le responsable, plein sourire, m’a dit : « j’ai la solution, on va t’emmener en fauteuil roulant ». Exactement ce que Michel ne voulait pas, mais il n’a pas su dire non.

Et le voilà au premier rang devant la Grotte de Lourdes, poussé par un jeune, et encadré à droite et à gauche par des dizaines de personnes, toutes dans des fauteuils et des chariots. Autant dire que sa prière a été agitée : « J’ai hurlé deux trois choses au Seigneur dans ma révolte -lance-t-il avec humour- Je ne voulais pas être comme eux, je résistais de toutes mes pauvres forces ».

Le pèlerinage s’est ainsi passé, douloureusement. Au retour, Michel va voir son médecin, qui lui lâche : « Il faut vraiment que vous utilisiez un fauteuil roulant. Vous vous usez trop en vous forçant à marcher ». Et Michel de découvrir stupéfait qu’il est intérieurement prêt à le faire. Comme si le Seigneur, dans la brutalité de cet épisode à Lourdes l’avait préparé à consentir à cette fragilité grandissante qui était la sienne. « Et depuis lors, -termine-t-il- je suis en fauteuil, et je suis en paix ».

Elle est souvent là la grâce de Lourdes, si invisible, mais si puissante : on y vient avec nos souffrances, nos épreuves, nos fragilités. On les dépose aux pieds de la Vierge, et mystérieusement, on expérimente quelque chose de l’ordre de la paix, du consentement, mais pas forcément de la manière qu’on attendait, ni au moment où on l’espérait. Dieu travaille de manière inattendue, mais il travaille toujours. Ces familles, parfois brisées par la maladie psychique de leur proche, ont sans doute trouvé dans ce témoignage de Michel, un surcroit de foi pour déposer aux pieds de la Vierge leur épreuve parfois indicible, et espérer en ce travail invisible et inattendu de Dieu.

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame