Le handicap invisible, double peine

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Le handicap invisible, double peine

"Ce n’est pas facile, quand on est un homme encore jeune, grand et en apparence sans problème, de demander une place dans les transports, même avec une carte". Benjamin a 40 ans, qui témoigne sur Talenteo, un site d’accès à l’emploi pour personnes handicapées. Car Benjamin est handicapé, mais ça ne se voit pas, et c’est bien là le problème.

Après plusieurs opérations du dos, sa vie est très affectée. Des douleurs très vives, et surtout une impossibilité de rester debout, car cela provoque un tassement de ses vertèbres. Dans les transports, il affronte des regards durs, parfois méprisants, il doit sans cesse se justifier d’oser demander une place prioritaire, car montrer sa carte ne suffit pas et suscite la suspicion. « C’est avec mes impôts qu’on vous paye une pension d’invalidité » lui a lancé un jour un voyageur. Benjamin n’en bénéficie pas. Il préfère tellement travailler et gagner sa vie.

Mais hélas, au travail aussi, c’est difficile. Benjamin n’avait pas caché son handicap à son employeur, qui avait juste répondu que lui aussi avait des problèmes de dos, façon de ne pas entendre la spécificité de ses difficultés. Il est arrivé à Benjamin, ne tenant plus assis, de travailler à genoux devant son ordinateur pour rédiger des documents. Rigoureux, compétent, il n’a jamais failli sur les délais. Pour autant, les aménagements progressifs de poste et d’horaire étaient mal vécus, comme si on doutait de la réalité de son handicap. Les relations de travail se sont tendues. Benjamin a été licencié.

La situation de Benjamin n’est pas exceptionnelle, hélas. Quatre-vingts pour cent des personnes handicapées portent comme lui un handicap invisible : surdité, maladie psychique, traumatisme crânien, maladies invalidantes… Le fait que ça ne se voit pas suscite souvent des incompréhensions, voire des reproches qui ajoutent à la souffrance du handicap. Difficile de garder une bonne estime de soi dans ces conditions.

Comment lutter contre cela ? Se mettre à l’écoute des réalités douloureuses que vivent Benjamin et les autres, et en parler, en se rappelant ce principe si simple : « Il ne faut jamais se fier aux apparences ». Il appartient à chacun de nous d’éviter que ces personnes ne souffrent d’une sorte de double peine. Que la visibilité de la bienveillance soit la réponse à l’invisibilité du handicap.

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame