Injonction d’une société inclusive

© Lazare

Injonction d’une société inclusive

"Il n’existe pas de bons établissements pour personnes handicapées". Madame Aguilar qui parle ainsi est rapporteur spécial de l’ONU pour les droits des personnes handicapées. Elle a examiné pendant dix jours la façon dont la France prend en compte le handicap, et elle ne prend pas de gants pour la dénoncer : « La France doit transformer son système en profondeur afin de fournir des solutions véritablement inclusives pour toutes les personnes handicapées ».

Désinstitutionnaliser, parce que les établissements séparent les personnes handicapées de la communauté. Simplifier le système de protection sociale trop cloisonné. Qu’aucune décision ne soit prise au nom de la personne handicapée. Et bien sûr, l’accessibilité si déficiente dans notre pays… Les injonctions ne manquent pas dans ce rapport préliminaire, pour dit-elle « aider la France à prendre le virage nécessaire d’une société véritablement inclusive ».

On ne peut qu’approuver ces recommandations, mais regretter le manque de nuance dans l’énoncé. Il ne s’agit pas de faire de l’inclusion une idéologie, qui ne tiendrait pas compte des réalités. Charles Gardou, anthropologue, et spécialiste de l’inclusion, dit qu’une société est inclusive « lorsqu’elle se flexibilise pour offrir un « chez-soi pour tous ». Et il ajoute : « Cela implique une intelligence collective de la vulnérabilité… Les citoyens les plus précarisés nécessitent des réponses spécifiques ». J’aime cette invitation à déployer notre intelligence collective, car dans ce collectif, les personnes handicapées ont une place prépondérante à occuper.

Le développement des colocations solidaires, où cohabitent des personnes fragiles et des personnes plus insérées, est un signe fort de cette intelligence collective. On a tous entendu parler de l’Arche, Simon de Cyrène, Lazare, l’APA, et autres moins connues, mais tout aussi dynamiques. « Elles apportent une réponse à l’isolement et à l’individualisme qui menace nos villes… Elles abaissent les murs qui séparent si souvent ceux qui aident et ceux qui sont aidés » écrit Cyril Douillet dans le dernier numéro de la revue Ombres et Lumière dont il est rédacteur en chef, avant de conclure : « La colocation solidaire n’est rien d’autre qu’une transcription concrète de l’Evangile dans la cité ». Il a raison. Il n’y a pas plus inclusif que l’Evangile !

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame