A Paray, ma vie a basculé

© Fotlia

A Paray, ma vie a basculé

A l’occasion d’une session organisée par la Communauté de l’Emmanuel à Paray le Monial, à la fin des années 70, un père Jésuite faisant office de Chapelain du Sanctuaire, m’accueille et me dit : « Vous allez recevoir beaucoup dans ce lieu béni, Jésus a quelque-chose de grand à vous donner, c’est certain ! » Etant handicapé et passablement révolté, je me suis demandé ce que ces paroles pouvaient vouloir dire. Et puis, je me suis laissé bercer par la louange, la prière d’adoration (que j’aimais déjà beaucoup), les messes, les échanges, la joie communicative qui transpiraient de cette session.

Au fil des jours, j’ai demandé à recevoir le sacrement des malades parce que je ne me sentais pas bien dans mon cœur (j’avais le sentiment d’être tout sale de corps et de cœur). Pour me préparer, j’ai revu le père qui m’a confessé et encouragé. A ce moment, j’ai désiré d’un très grand désir, recevoir Jésus dans mon cœur. Je me suis rendu-compte que Jésus lui aussi était blessé parce que beaucoup d’hommes et de femmes le rejetaient, ne le connaissaient ou ne le comprenaient pas (un peu comme moi). Je me dis : « Qu’est-ce que je peux faire pour faire plaisir à Jésus, le consoler ?». J’ai pensé à lui faire un cadeau ! J’ai demandé que l’on prie pour moi avant de recevoir ce sacrement. J’ai découvert par cette prière qui fût mémorable (on était trois personnes, moi compris ; les deux autres priaient sur moi devant une image de la sainte Vierge Marie), que Jésus allait guérir mon cœur blessé, que cela allait prendre du temps, et qu’il ne m’abandonnerait jamais. J’ai pu mieux accepter mon sort à cet instant.

C’est donc à Paray le Monial en ce bel été 1977 que quelque chose dans mon cœur a « fondu », que ma vie a totalement basculé, que je me suis mis en marche. J’ai senti tout l’amour de Jésus et compris que ma vie avait un sens. J’étais si paisible et heureux, plus rien ne serait pareil. Dans mon cœur, j’ai vu Jésus s’approcher et poser son regard sur moi, c'était un regard très doux, celui d'un ami attentionné. J’étais bouleversé, jamais on ne m’avait regardé comme cela. Autour de Jésus, j’ai vu (toujours dans mon cœur) qu’il y avait un groupe de gens très unis et heureux comme tout. Je me dis : « Moi aussi je veux être comme eux, je veux vivre ce qu'ils vivent ».

C’est comme cela que j’ai réalisé que suivre Jésus tout seul était impossible, que plus jamais je souffrirai de solitude sur cette terre, que Jésus me donnait une famille nouvelle et élargie, des frères et sœurs qui partageraient mon désir. J’ai réalisé ce qu’était l'Eglise ! J’ai eu envie de me donner à elle pour servir les hommes mes frères tels qu’ils sont, surtout les incroyants, les blessés de la vie comme moi. Quelques années après cet événement, j’ai rencontré mon épouse, nous sommes devenus les heureux parents de deux enfants puis grand ’parents. L’OCH nous a même demandé un jour de venir témoigner ensemble ! Depuis, c’est un chemin ponctué de grâces.

Si j’ai un conseil à donner à tous les retraitants qui viennent ici en ce lieu béni, c’est que le plus beau cadeau que nous puissions faire à Jésus, c’est de lui donner notre cœur, de le laisser agir en nous quelque soient nos blessures. Car Jésus comprend. La fournaise ardente qui est au fond de lui, n’attend qu’à nous consoler…

Témoignage de Michel Morice