Une église pauvre pour les pauvres

© Village Saint-Joseph / Facebook

Une église pauvre pour les pauvres

"La fragilité est notre ADN. Le jour où chez nous, tout sera bien établi, structuré, avec une trésorerie sécurisante, nous ne serons plus nous-même". On peut l’imaginer, celui qui prononce ces mots n’est pas le patron d’une entreprise du CAC40. Jean-Guy est responsable du Village Saint Joseph, une communauté qui accueille des personnes en difficulté, dans une grande diversité de situations : René, en fauteuil roulant, Damien qui a fait quelques années de prison, Julie, en post cure pour sortir de ses addictions, ou encore Anne-Sophie qui sort d’hôpital psychiatrique. La rue, les ruptures familiales, l’alcool, …un village de pauvres. Les souffrances ne manquent pas sur ces visages, où pourtant des sourires lumineux percent, qui éclairent cette vie partagée et fraternelle.

« Ceux qui vivent ici sont des hommes et des femmes fragiles – explique Jean-Guy- la fragilité est reconnue, exprimée, jusqu’à l’accepter, l’aimer même ». Il décline les diverses formes de fragilité qui traversent sa communauté : manque de référents pour accompagner les personnes en souffrance ; difficulté à répondre dans les temps aux innombrables sollicitations qui arrivent de tous bords ; fragilité des bénévoles qui sont parfois d’anciens accueillis ; fragilité financière aussi, quand les dons se font attendre, et que les factures sont à régler…

« Paradoxalement – continue Jean-Guy- cet état de fragilité exige de nous beaucoup de rigueur et d’attention. Nous travaillons sans cesse à pallier, en cherchant chaque jour des solutions. Nous avançons ainsi dans l’aujourd’hui ». Et Jean-Guy de constater que la Providence a toujours pourvu. « Nous ne manquons de rien. Depuis 20 ans, les comptes approuvés par le commissaire aux comptes l’attestent ». Et de conclure : « ayons comme ambition de rester une Œuvre de Dieu, à son écoute quotidienne, dans la prière, la vie fraternelle, et notre travail.

On se souvient que le Pape François dès son élection avait dit « je veux une Eglise pauvre pour les pauvres ». Petite église domestique, le Village Saint Joseph dans son expérience vécue de communauté pauvre pour les pauvres, nous aide à en comprendre le sens. Dans cette pauvreté choisie et assumée, mystérieusement, c’est l’amour qui devient la richesse, la seule richesse : l’amour fraternel, l’Amour de Celui qui donne tout. Et si depuis 20 ans, ça marche, c’est que Dieu n’abandonne jamais les pauvres qui se tournent vers Lui, jamais !

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame