Le baluchonnage, pour aider les aidants

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Le baluchonnage, pour aider les aidants

« J’étais content de retrouver ma femme. Elle me manquait ». Paul qui dit cela a 81 ans. Il aime profondément Madeleine, sa femme depuis presque 60 ans. Pendant une semaine pourtant, Paul est parti seul chez sa cousine pour se reposer. Il n’en pouvait plus. Madeleine est atteinte d’Alzheimer, elle est de plus en plus désorientée. Paul s’en occupe toute la journée, et de plus en plus la nuit. Il s’épuisait, malgré l’aide des professionnels qui passent.

S’il a pu partir, c’est que Valentine est venue s’installer avec Madeleine. Valentine, elle est baluchonneuse de son métier. Comprenez qu’elle arrive avec son baluchon dans la maison de l’aidant, qui pendant le temps de sa présence, peut aller se reposer. C’est comme ça qu’elle est arrivée chez Paul, après une sérieuse préparation. Elle est venue plusieurs après-midis pour faire connaissance avec Madeleine, repérer ses habitudes, comprendre comment fonctionne le couple pour que Madeleine se sente en sécurité. « J’aime découvrir de nouvelles personnes -dit-elle- Je me suis fait de bons amis. On reste souvent en relation, j’aime qu’ils fassent appel à moi à nouveau. » Elle ne s’est jamais sentie seule. Une fois par jour elle est appelée par l’association qui l’emploie, et il y a une ligne d’urgence si nécessaire. Paul est parti très en confiance. « J’appelais de temps en temps pour parler à ma femme. Je sentais qu’elle était bien ».

Cette belle histoire s’est passée au Québec. C’est là qu’est née cette idée de baluchonnage. Il s’y est rapidement répandu, avec le soutien des pouvoirs publics : permettre à l’aidant familial un répit, en changeant le moins possible la vie quotidienne de la personne fragile. La Belgique l’a adopté il y a quelques années, et il s’y développe largement. C’est un métier très encadré et très accompagné. Il peine à décoller en France, non pas qu’il n’y ait pas de besoin, mais notre législation du travail n’est pas adaptée. La durée maximum de travail quotidien obligerait à ce que trois baluchonneuses se relaient chaque jour auprès de Madeleine, ce qu’elle ne supporterait pas. Un projet de loi est en travail, qui prévoit des dérogations pour rendre possible ce beau métier. Souhaitons qu’il aboutisse.

Avec un peu d’humour, on pourrait dire que la première baluchonneuse de l’histoire s’appelle Marie. Il y a deux mille ans, elle est partie aider sa cousine Elisabeth qui, déjà âgée, attendait un certain Jean le baptiste. Trois mois de baluchonnage quand même ! Aujourd’hui, on est plus raisonnable, une semaine suffit ! Ca mérite bien une petite dérogation de réglementation.

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame