Bioéthique, ou l’art d’aller ou ne voulons pas aller

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Bioéthique, ou l’art d’aller ou ne voulons pas aller

« La France a un eugénisme d’état avec la trisomie 21, à un point qu’aucun autre pays libéral ne fait… Notre société est handiphobe ». Ce diagnostic glaçant a été posé par le Professeur Israël Nisand, devant la mission d’information parlementaire sur la bioéthique le 20 septembre dernier. Le célèbre gynécologue semble le déplorer d’autant plus que, dit-il « les personnes trisomiques sont attachantes, affectueuses, … ». Et l’homme de regretter le manque d’accueil à leur endroit dans notre pays.

Le problème, explique-t-il, c’est que « les femmes veulent un enfant en bonne santé ». Elles ne veulent pas d’enfant handicapé ! Le Professeur Nisand s’appuie alors sur cette demande pour estimer que « à l’eugénisme, les médecins sont contraints ». On imagine que c’est cette même contrainte qui le conduit alors à vouloir développer largement les politiques de détection ante natal et ante conceptionnel. Fort des découvertes scientifiques qui permettent toujours plus, il se fait partisan de cet eugénisme qu’il a semblé un moment déplorer. Une ambivalence frappante et totalement assumée.

Cette ambivalence a paradoxalement le mérite de la clarté : elle parle de notre capacité collective en matière bioéthique à aller là où nous ne voulons pas aller. Les médecins sont contraints certes, mais pas par les femmes, dont le désir d’un enfant en bonne santé est bien légitime : individualisme, libertarisme, consumérisme, scientisme, … sont autant d’idéologies qui nous mènent. Cela sous-tend manifestement l’ensemble des propositions du récent rapport du Comité Consultatif National d’Ethique. Pierre Le Coz, ancien vice-président de cette instance, regrette dans LaCroix.com que le CCNE, au lieu d’ouvrir un espace à l’esprit critique, ne serve qu’à être le porte-voix de ces idéologies dominantes. « A quoi sert le CCNE s’il suit l’air du temps ? » questionne-il. Il invite alors au sursaut par cette formule : « Je perçois le devoir de ne pas nous résigner ».

Les évêques de France, sur ce même sujet de bioéthique, invitent eux aussi à résister en cultivant -écrivent-ils- l’attention au mystère de la personne et à sa transcendance ». Vous savez, les personnes trisomiques sont beaucoup plus qu’attachantes ou affectueuses. Elles ont un don particulier pour nous faire entrer dans le mystère de la personne. Les rencontrer, devenir leur ami, c’est déjà une façon de ne pas se résigner !

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame