2019, une année pour découvrir le temps apaisé

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2019, une année pour découvrir le temps apaisé

« Je me reposerai quand je serai mort ». Alain qui s’exprime ainsi est un homme d’affaire, grand patron dans l’automobile que tout le monde respecte, ou plutôt craint. Il court après le temps, dans une maitrise apparente de sa vie et de celle de ses collaborateurs qu’il domine. Pas de place pour le repos, donc, mais pas de place non plus pour aucune forme de gratuité ni de rencontre, pas même pour sa fille qu’il ne voit pas grandir.

Cette illusoire toute puissance est brutalement stoppée par l’accident cérébral qui le laisse diminué. Licencié, sa vie bascule douloureusement, jusqu’à ce que peu à peu, Alain découvre le gout du temps apaisé et tout ce qu’il permet : la contemplation qu’il expérimente sur les chemins de Saint Jacques, la gratitude dont il était incapable, la rencontre de l’autre, à commencer par sa fille. L’homme pressé, transformé par la fragilité, devient un homme vivant, qui trouve le sens profond de la vie.

Cette histoire est celle du film « Un homme pressé ». Elle est inspirée d’une histoire vraie, celle de Christian Streiff, l’ancien PDG de PSA. Au-delà de l’aspect presque caricatural de la personnalité de Alain, nous sommes nombreux à pouvoir nous y reconnaitre, tant notre société post moderne nous pousse à courir toujours plus. Le temps est compté. On court d’une priorité à une autre. On court trop, et on ne sait pas s’arrêter.

Parmi nous, il y a des personnes qui courent moins et qui voudraient bien compter parmi nos priorités. Ce sont les personnes fragiles, âgées, handicapées, malades, précaires, qui sont en dehors de cette agitation. Elles ont un talent fou pour nous mettre dans un temps lent, le bon temps. C’est le temps de la rencontre, le temps de l’autre, celui qui nous apaise et qui nous met dans le bon sens, celui de la contemplation qui est le poids de toutes nos actions.

Alors en ce jour où nous débutons une nouvelle année, pour ceux d’entre nous qui la démarrent affairés, osons aller à la rencontre de ces personnes de notre entourage : la voisine âgée, le cousin chômeur, l’ami en dépression, la grand-mère alitée… Nous ferons la même expérience qu’Alain : la paix qu’apporte la rencontre avec soi-même et avec l’autre. Pas besoin d’attendre l’AVC ! Le temps de l’autre me conduit inexorablement au temps du tout Autre, le seul temps qui ne s’épuise pas. Bonne année !

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame