En Eglise, se former à la maladie psychique

En Eglise, se former à la maladie psychique

« Quand je ne suis pas bien, je ne suis que prière, mais de manière quasiment automatique, raconte Rosalie. Je récite des bribes de Je vous salue Marie, du Notre Père... Je fais mienne la prière de Job, ce cri de désespoir. À l’inverse, dans mes phases maniaques, la place de Dieu devient accessoire. Et entre les deux, j’essaie de rendre grâce… ». Rosalie qui témoigne ainsi sur le site Lacroix.com est bipolaire. Elle explique que sa vie spirituelle suit ainsi les hauts et les bas que sa maladie lui fait vivre. Elle ne cache pas combien elle a besoin d’un accompagnement spirituel, pour discerner ce qui est de l’ordre de la fatigue, du découragement spirituel ou de la dépression pathologique. Un accompagnement pas toujours facile à trouver, avoue-t-elle, en faisant mémoire de prêtres complètement perdus devant son chaos intérieur.

Les conséquences de la maladie impactent la vie spirituelle des personnes malades psychiques au point que cela déroute les proches qui deviennent vite méfiants devant une religiosité exacerbée. Parfois mal accueillis en Eglise, certains malades eux-mêmes ont tellement peur du délire mystique qu’ils s’en préservent en se fermant à toute vie spirituelle.

Pourtant la maladie peut ouvrir un chemin direct vers Dieu. « La première personne que j’ai confessée était dans un stade délirant continu -raconte le Père Stéphane Joubert, aumônier en hôpital psychiatrique- Mais, quand la confession a commencé, il a eu des paroles très justes et lumineuses. Puis il est reparti dans son délire… Cela m’a fait comprendre que derrière la personne qui délire, il existe quelqu’un qui cherche à donner un sens à sa vie ». Le père souligne que la grande sensibilité engendrée par la maladie donne un sens de l’intériorité qui permet « de saisir le cœur de l’Évangile, là où Dieu nous touche, avec dépouillement, même dans cet envahissement des idées noires et des hallucinations ».

 

On comprend derrière ces témoignages combien il importe qu’en Eglise nous nous formions à l’accueil et à l’accompagnement des personnes malades psychiques. Que du fait de notre peur ou notre incompétence, elles ne soient pas frappées d’une sorte de double peine, alors même que l’épreuve fait grandir en elles la soif de devenir l’ami de Celui qui a choisi ce que le monde considère comme fou pour confondre les sages !