Oser la fragilité

© Ravi Roshan | Unsplash

Oser la fragilité

« Les héros bibliques sont des êtres qui ont un handicap qui aurait dû a priori les disqualifier dans cette fonction de leadership ». Delphine Horvilleur, qui tient ces propos dans La Croix, est rabbin. Elle répond dans une interview à une question sur le leadership spirituel. Elle prend ainsi en exemple plusieurs figures du Livre Saint : « Abraham est stérile. Isaac est aveugle et est complètement manipulé par sa femme. Jacob vit dans les jupes de sa mère et boite ; et Moïse bégaie, ce qui est le comble pour un porte-parole de Dieu ! »

C’est vrai qu’avec les yeux du monde, on pourrait s’interroger sur le management de Dieu : les leaders qu’il recrute ne sont pas l’incarnation de la puissance, bien au contraire. Et ça semble un choix assumé de sa part, si l’on se souvient de l’appel de David, le plus chétif des huit enfants de Jessé, juste bon à faire paître le petit bétail, tellement insignifiant que son père n’avait même pas pensé à le présenter.

Jésus n’a pas fait autrement dans la diversité des apôtres qu’il a appelés à sa suite : tout au long de sa vie publique, il semble leur faire prendre conscience jour après jour de leurs limites, intellectuelles, morales, physiques, sans jamais pour autant cesser de les aimer, de les appeler, et pour finir de les envoyer tels qu’ils sont, fragiles, pour bâtir son Eglise.

Pour Delphine Horvilleur, la chose est claire : tous ces hommes de la Bible deviennent des leaders du fait de leur fragilité. « Comme si -dit-elle-le véritable leadership se construisait non pas malgré la faille, mais sur la faille ». Et elle ajoute : « la conscience de leur vulnérabilité est ce qui leur permet d’entrer en relation avec le transcendant. C’est la clef de la verticalisation dans le Talmud. On ne peut se tenir debout que si l’on est conscient de ses failles ».

On serait tenté de regarder cela avec détachement : cette façon de faire serait réservée au Bon Dieu… Mais ça ne nous concernerait pas. Sauf que nous, hommes et femmes de notre temps, sommes les mêmes que ceux des Ecritures : comme eux, on ne peut se tenir debout que si l’on est conscient de ses failles. Oser la fragilité n’est pas une option. Et sur ce chemin, les personnes handicapées nous précèdent d’une petite longueur. Elles nous aident à ne pas en avoir peur !