La voie de la fragilité

La voie de la fragilité

« Je partage la table de ceux qui mangent sans bras…, qui ne peuvent manifester dans la rue, ce petit peuple des mendiants d’amour … ». Ces mots sont de Jean-Christophe Parisot de Bayard. Ils sont extraits du livre « La voie de la fragilité » chez Mame, que nous venons d’écrire ensemble.

Jean-Christophe est préfet en charge de la lutte contre les discriminations. Il est diacre aussi, marié, père de famille. Manger sans bras, il sait que c’est, puisqu’il est totalement dépendant pour tous les actes de la vie, du fait d’une myopathie qui lui a fait perdre progressivement l’usage de tous ses membres.

Ce livre est un dialogue entre nous deux, lui qui vit le handicap dans sa chair, moi qui rencontre chaque jour des personnes handicapées et leurs familles. Nous partageons sur nos itinéraires respectifs, la place des personnes handicapées dans la cité, dans l’Eglise, la dépendance, la bioéthique. Emergent de nos échanges une anthropologie, une spiritualité de la fragilité, qui peuvent tous nous rejoindre, avec cette conviction commune : c’est en consentant à la fragilité de notre humanité que l’on devient humain soi-même, et que notre société devient plus fraternelle.

Dès le début, j’ai senti que ce n’était pas un débat entre lui, « handicapé », et moi, «valide », mais une rencontre de personne à personne, débarrassés de nos étiquettes et préjugés. Et des préjugés sur Jean-Christophe, j’en avais plus d’un ! En cette période où nous sommes de plus en plus tentés de monter des barrières qui nous séparent, selon les cultures, les classes sociales, les religions, … comme si nous étions un danger les uns pour les autres, à chaque fois que nous osons la rencontre, nous sortons de nos préjugés, nous faisons grandir la fraternité, nous devenons plus humains.

« Je suis plein d’espérance – nous dit Jean-Christophe en conclusion- car je crois que la fraternité est plus forte que la dureté du cœur ». Il ajoute : « Le handicap n’est pas mauvais en soi, c’est la souffrance qu’il occasionne qui doit être combattue. C’est un appel, un cri, une main tendue -dit-il- pour aller vers la lumière. Pour redonner du sens aux jours qui viennent, retrouver le gout des autres ». Cette lumière, nous en sommes tous deux convaincus, nous pouvons chacun la porter là où nous vivons, en osant cette rencontre, tels que nous sommes, fragiles, et beaux, beaucoup plus beaux que nous n’osons le croire !

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame