Surdité, se mettre à l’écoute de ceux qui n’entendent pas

Surdité et handicap, se mettre à l’écoute de ceux qui n’entendent pas
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Surdité, se mettre à l’écoute de ceux qui n’entendent pas

Sixtine est devenue malentendante sévère à l’âge de vingt ans. Elle me raconte une mésaventure récente qui l’a affectée. Elle est passée à l’accueil d’une paroisse pour déposer des tracts sur la projection d’un documentaire sous-titré à l’attention des malentendants. La chargée d’accueil lui répond : « ce n’est pas la peine, il n’y a pas de sourds sur la paroisse. »

Sixtine me dit alors combien cette attitude est malheureusement fréquente. La souffrance des malentendants est totalement ignorée alors qu’elle touche énormément de monde. A la naissance, par maladie, ou le grand âge, ce sont presque cinq millions de personnes qui sont sourdes ou malentendantes en France. «Lorsque l’on n’entend plus, me dit-elle, tous les problèmes se posent à la fois ! Le réveil que l’on n’entend plus, le robinet qu’on laisse ouvert, les annonces à la gare que l’on ne comprend pas, les voitures que l’on n’entend pas… Toutes ces choses accumulées, on les vit dans l’angoisse, la fatigue, la solitude, et même la honte parfois. On craint de faire répéter… On a peur de passer pour un imbécile, alors qu’on n’a pas entendu. C’est toute la personnalité qui est touchée. La dépression guette souvent les personnes malentendantes. »

Sixtine me dit aussi combien involontairement, nous pouvons chacun ajouter à cette souffrance. Vous savez, ces remarques qu’il nous est sûrement arrivé de dire : « Oh lui, il n’entend que ce qu’il veut bien entendre » - ce n’est jamais vrai ! Ou encore «pas la peine de lui dire, il n’entend rien ». Ou « C’est pénible de lui répéter sans cesse »… Autant de formules qui blessent, isolent encore plus celui-là même qui se trouve déjà enfermé par sa surdité.

Alors que les malentendants ont besoin de choses si simples : savoir qu’ils existent déjà ! «Il y a des personnes sourdes dans toute paroisse ! -me dit Sixtine- Et partout dans la vie ». Ensuite choisir de leur parler, le faire de face, distinctement, sans crier, écrire parfois, faire parler le corps, les mains, le geste qui accompagne et aide à comprendre! Bref être juste attentif.

Nous connaissons tous le texte de la guérison du sourd muet dans l’Evangile de Marc : « Ephata, ouvre-toi » lui dit Jésus. Saint Jean-Paul II avait dit : « Jésus s’adresse à cet homme pour lui restituer la capacité de s’ouvrir à l’Autre, aux autres ». N’est-ce pas aussi à chacun d’entre nous qu’il s’adresse ainsi, pour nous inviter à nous mettre à l’écoute de ceux qui n’entendent pas ?

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame