Loi bioéthique : une violence des mots révélatrice

Une violence des mots révélatrice
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Loi bioéthique : une violence des mots révélatrice

« Il faut traquer, oui je dis traquer les embryons porteurs d’anomalies chromosomiques ». Ces mots d’une grande violence ont été prononcés par le député Philippe Vigier le 15 octobre dernier, à la tribune de l’hémicycle de l’Assemblée nationale, juste avant le vote de la loi bioéthique.

L’élu exprimait ainsi son vif regret que le texte de loi n’ait pas prévu le diagnostic préimplantatoire en amont des PMA. Il s’agit de déceler les éventuelles anomalies chromosomiques des embryons implantés, qui engendrent, dit-il « toujours plus de fausses couches, plus d’interruptions médicales de grossesse, plus de souffrance pour les femmes ».

Les réactions ont été vives sur les réseaux sociaux sur les termes employés. «On traque les criminels, Monsieur, les mots ont un sens » lui a dit l’Abbé Grosjean, en l’invitant à oser les répéter devant sa sœur handicapée. Ou encore Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction de La Vie, qui écrit : « un député considère les porteurs d'anomalie chromosomique, par exemple les trisomiques, comme des criminels, les seuls d'ailleurs, contre lesquels la peine de mort serait requise ». Philippe Vigier s’est défendu sur les mêmes réseaux sociaux. Il ne s’en prenait pas aux personnes porteuses d’anomalies chromosomiques, mais seulement aux conséquences pour la femme. Il a quand même regretté les mots employés et s’en est excusé.

Ces mots sont maladroits pour le moins. Mais on peut craindre qu’ils ne soient pas un accident de langage. D’ailleurs ils n’ont pas été formulés au cours d’un débat passionné. Ils étaient soigneusement écrits et lus, dans le cadre d’un discours solennel, au nom d’un groupe parlementaire, réputé plutôt modéré, et qui plus est par un professionnel de la santé. Philippe Vigier est médecin.

Ne seraient-ils pas plutôt à entendre comme conformes à une réalité que nous n’aimons pas trop voir ? Une forme de traque, de chasse à l’homme, effectivement, à laquelle nous nous adonnons sans nous l’avouer quand nous demandons à la médecine d’empêcher les « hors normes » de naître, en premier lieu les personnes trisomiques. Ce projet de loi bioéthique adopté par les députés franchit de nouveaux pas dans ce sens, et l’examen par le Sénat ne semble pas les remettre en cause, hélas !

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame