Le don unique de toute personne

© Sader Issa

Le don unique de toute personne

« Je suis fier de mon père. Tout au long de ma vie, il m'a apporté le plus grand soutien possible. Il a toujours été là quand j’en avais besoin ». Celui qui prononce ainsi l’éloge de son père, est syrien, et s’appelle Sader. Il ajoute : « Suivre une carrière, être un mari, être papa et soutenir son enfant depuis 21 ans, je ne pourrais pas être plus fier de toi ». C’est beau, c’est touchant, c’est unique, comme toute relation filiale, mais au fond, assez courant. Pourquoi Sader a-t-il voulu en témoigner sur les réseaux sociaux ?

Parce que Jad, son cher papa est trisomique, et Sader sait combien les personnes trisomiques sont stigmatisées. Il a failli en être victime lui-même : quand sa maman s’est trouvée enceinte, la pression a été énorme pour qu’elle avorte, parce que dit-il « pour la plupart des gens, être enceinte d’un homme trisomique est le pire scénario possible ». Mais l’amour de ses parents a été plus fort : « ils ont une vie pleine d’amour, de simplicité et d’humanité » témoigne le jeune homme. Sader a reçu de ses parents toute la tendresse dont il avait besoin. Grâce à eux, à son père, il réalise son rêve de devenir dentiste : « Pendant mes études, il a été mon plus grand soutien, économiquement, psychologiquement. Je lui en suis très reconnaissant ».

Et la fierté est réciproque. « Quand il me présente, il dit « mon fils est docteur », et vous pouvez voir la joie dans ses yeux ». Et le jeune homme d’ajouter « Si je pouvais choisir mon père, je ne penserais à personne d’autre que lui. Je suis fier de lui comme il est fier de moi ». Forts de cette fierté réciproque, père et fils font cause commune pour la reconnaissance des personnes trisomiques.

Paternité de celui-ci, tel autre qui entre à l’université, tel autre entrepreneur, d’autres encore cuisiniers ou serveurs dans tel ou tel restaurant, les occasions sont de plus en plus fréquentes de mettre en valeur les personnes trisomiques dans notre société qui a besoin d’images fortes.

Mais ne nous trompons pas ! Ce n’est pas la situation familiale, ni la réussite universitaire ou professionnelle, qui justifient cette reconnaissance. C’est juste un rappel que les personnes trisomiques sont des personnes à part entière. Elles sont uniques et nécessaires au corps que nous formons. Leurs talents, quels qu’ils soient, sont à accueillir comme un don irremplaçable, à l’image de ce que Sader a reçu de son père.

Philippe de Lachapelle