Handicap et confinement, une leçon de vie

Handicap et confinement, une leçon de vie
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Suite de notre journal de bord du confinement avec aujourd'hui le témoignage de Sylvie, maman de Clémence et Augustin.

Handicap et confinement, une leçon de vie

« Confinement » ce mot ne veut rien dire pour Augustin et Clémence.

Si ce n’est que...

Lorsque l’on est trisomique 21, on aime ce qui est rythmé, que chaque chose soit à sa place, que les rituels permettent un équilibre...

Augustin, embauché dans une cantine scolaire ne va plus travailler. Tout au début du confinement il a cru avoir fait quelque chose de mal. Etait-ce de sa faute ? Sa responsable était-elle fâchée après lui ? Augustin se sentait prisonnier. A 28 ans il perdait son indépendance et cette liberté qui lui avait permis de grandir, il ne peut plus aller acheter le pain chaque jour, il ne peut plus s’arrêter chez les commerçants du village pour partager un café ou un bonbon. Son point faible, la gourmandise, reprenait le dessus (la tentation des placards de la cuisine, sans parler du frigidaire !!!)

Clémence, blanchisseuse dans un Ehpad n’a pas eu le droit d’y retourner travailler. Ses yeux interrogateurs disaient son incompréhension. Elle se sentait agressée. Il a fallu du temps pour qu’elle s’apaise et comprenne que « la maladie*» empêchait de vivre normalement. « Cette maladie » qui la frustrait en l’empêchant de faire comme d’habitude, de poursuivre le rituel de la vie ordinaire. Nous l’avons vue se contrôler, serrer les poings.

Mais tout cela est sans compter sur la force de vie des personnes trisomiques, sans leur merveilleuse capacité à s’adapter et à faire passer la relation à l’autre avant tout.

Clémence et Augustin ont pu aller à l’essentiel, faire d’une difficulté un point positif et s’adapter à un nouveau rythme, parce que pour eux le plus important est l’instant vécu, la relation unique avec chaque personne.

Augustin a la chance d’avoir à la maison son beau-frère. C’est lui qui est désormais son modèle, c’est avec lui qu’il fait les travaux de bricolage, c’est pour lui qu’il surveille ses petits neveux et nièces, c’est même avec lui qu’il a le droit, une fois par semaine, de faire une sortie hors de la maison et du jardin.

Clémence parle tous les jours de Stéphanie et de Florence qui sont ses responsables à l’Ehpad, elle leur écrit, leur téléphone. Mais elle a aussi repris des tâches communautaires à la maison : étendre et détendre le linge, le plier, le repasser et le distribuer, mettre la table, et surtout faire du travail scolaire deux heures par jour avec un jeune éducateur camerounais qui s’est retrouvé prisonnier en France du confinement et qui partage notre vie à la maison. La grande chance d’Augustin et de Clémence c’est d’être au milieu d’une vie communautaire : 10 personnes dont leurs trois petits neveux et nièces. La vie a dû changer mais la vie reste faite de ces échanges, de ces disputes, de ces sourires et même de ces embrassades.

Sylvie Pigé, maman de Clémence et Augustin

* La maladie : la façon qu’a Clémence pour parler du Covid -19