Fragilité sans frontière : une expérience d’unité

Fragilité sans frontière : une expérience d’unité
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« Quand on va vers la personne handicapée, on ne va pas vers l’ennemi »

Fragilité sans frontière : une expérience d’unité

« Avons-nous choisi nos différences ? Non ! Alors, soit on les accepte, soit on les refuse, et c’est la guerre. Nous en avons assez de la guerre. » Ces mots sont de Whala. Elle est syrienne. Autant dire qu’elle sait ce que c’est la guerre. Elle a participé en janvier dernier au Liban à une rencontre de « Fragilité sans frontières », une initiative qui rassemble des chrétiens et des musulmans. Tous ont la particularité d’être en lien étroit avec des personnes handicapées, qui comme parents, qui comme amis. Le seul but de cette rencontre est de se connaitre : une expérience puissante d’amitié fraternelle.

Expérience étonnante, parce que ces appartenances religieuses et confessionnelles -sunnites, chiites, chrétiens…- sont des frontières infranchissables en ce Moyen-Orient où les clivages religieux font partie des guerres qui épuisent ces peuples. Tous ont pu avouer à demi-mot leur peur de l’autre, qui chrétien, qui musulman… Mais la rencontre a été possible, non pas en parlant religion, surtout pas ! Mais en parlant de ce lien qui les unit à une personne handicapée : « Quand on va vers la personne handicapée, on ne va pas vers l’ennemi » lâche Roy, chrétien.

On a pu partager aussi sur le cri de révolte vers Dieu devant la souffrance. « Oui, je crie vers Allah : quel bien ça te fait de me faire souffrir ? » avoue une maman. Et d’ajouter « Il m’a envoyé des amis, la consolation est entrée dans mon cœur ». Une théologienne musulmane commente: « Quand le cri sort, c’est un signe que Dieu s’approche ». Manifestement, Dieu s’est approché pendant cette session : « Ca m’unifie, et ça nous unifie » confesse Nayef, chrétien. Et Whala d’ajouter : « Nous avons une mission commune : être présent à l’autre ».

Christian de Chergé, prieur de Tibhirine, échangeait souvent sur la prière avec un jeune musulman, qui lui dit un jour : « il y a longtemps que nous n’avons pas creusé notre puits ». Christian lui lance en boutade : « au fond du puits, trouvera-t-on une eau chrétienne ou une eau musulmane ? ». Et l’ami de répliquer, grave : « l’eau de Dieu ». Manifestement, la rencontre avec la personne fragile fait goûter à cette eau divine : elle a la saveur de l’unité. C’est la revue Ombres et Lumière qui rend compte de cette session « Fragilité sans frontières ». On peut télécharger ce numéro gratuitement sur ombresetlumière.fr . On y goûtera un peu de cette eau divine qui nous unifie.

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame