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Les plus fragiles, artisans de paix

Henri est un ancien officier de marine. Il est papa de quatre enfants, dont Pierre atteint d’une forme d’autisme rare et sévère. Pierre ne dort pas, ou très peu, il ne parle pas, il n’a aucune notion du temps et de l’espace, il peut partir sans raison, pour aller droit devant lui. Il n’a aucune conscience du danger, ni de l’angoisse de ses parents qui le cherchent. Il est totalement imprévisible.

C’est pour cette raison que ce jour-là, Henri tient particulièrement son fils à l’œil, comme il en témoigne sur le site Huffington.post. Car ils étaient à Jérusalem, devant la mosquée d’Al Aqsa. Des gardes armés font les cent pas. La tension est vive en cette période. Mais tout, cela, Pierre ne le sait pas. Il ignore tout du conflit israélo-palestinien et les interdits et les risques qu’il engendre. 

« Mon regard est rivé sur lui – explique le papa – car dans ce lieu de tension, Pierre peut s’enfuir et commettre le pire. Et le pire est arrivé. Déjouant la vigilance des gardes il est entré dans la mosquée interdite. Panique ! L’attente est insupportable. C’est alors que Pierre surgit, juché sur les épaules d’un garde qui rigole. Nous remercions cet homme. Il sourit, il veut savoir. Le ton est bienveillant. Commence un long échange fraternel, on ne veut plus quitter l’esplanade. Pierre vient de réconcilier deux mondes en guerre » écrit Henri.

Un miracle que, pour lui, seules les personnes handicapées peuvent accomplir, du fait de leur potentiel d’amour, leurs qualités d’accueil, d’émerveillement, de simplicité, de vérité : « Innocents, fragiles, - explique-t-il - indemnes de toute malveillance et de tout calcul, ils éveillent le don de l’autre et l’envie de les protéger ». Jean Vanier ne dit pas autre chose: « Les personnes handicapées sont des prophètes de paix – écrit-il - qui nous montrent le chemin vers la paix. Leur soif d’amour est capable de réunir des hommes et des femmes de cultures et de religions différentes ».

En cette période de violence et de peur, où nous pouvons nous sentir désemparés, peut-être qu’en nous mettant à l’école des plus fragiles comme Pierre, nous trouverons le chemin pour devenir avec eux des artisans de paix.