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Le don des larmes

« C’est bon de pouvoir pleurer ensemble, vous ne trouvez pas ? J’ai eu peur de ne pas pouvoir venir. Je suis heureuse d’être là avec vous. Ce qui compte, c’est bien que nous soyons en communion les uns avec les autres. Même si ce que j’ai à vous offrir ce soir, ce sont ces larmes, ces moments de silence »

Véronique, qui s’exprime ainsi est debout sur une estrade, elle fait face à une centaine de personnes qui sont venues l’écouter témoigner de sa traversée de la maladie, elle qui est bipolaire. Elle a vécu des moments terribles, de profondes angoisses qui l’ont poussée à des actes désespérés, jusqu’à vouloir mourir. Une souffrance aujourd’hui pacifiée. Cette paix intérieure, elle la doit à ses parents aimants, qui sont demeurés près d’elle dans les pires moments; elle la doit à la rencontre d’un moine auprès de qui elle a senti combien Jésus l’aimait de façon inconditionnelle; elle la doit aussi aux soins qu’elle a reçus et qu’elle continue de recevoir.

Car même si elle va mieux, elle continue de vivre les hauts et les bas que sa maladie lui impose. Et pour cette conférence ce soir-là, elle est en bas. Depuis plusieurs jours déjà, elle lutte, pose péniblement un acte l’un après l’autre, essayer de se lever, tenter de faire une petite chose. Parfois elle y arrive, parfois non. Et là, après quelques phrases, elle s’est arrêtée et s’est mise à pleurer, avant d’offrir ces larmes et ce silence à cette assemblée émue, dont plusieurs se sont laissé aller à pleurer avec elle. Etonnamment, ce fut un moment de grâce partagée, au bout duquel Véronique a repris son témoignage, délivrant un message d’espérance et d’amour à ce public, dont beaucoup sont concernés par la maladie psychique ou par l’épreuve.

Le Pape François a dit : «Parfois dans notre vie, les larmes peuvent devenir comme des lunettes qui nous permettent de voir Jésus. »  Ce soir, Jésus s’est rendu visible dans cette assemblée dans les larmes de Véronique, qui en a fait le don. Oui, les larmes peuvent être un don que nous nous faisons mutuellement, nous permettant de nous les essuyer les uns les autres. « Heureux les affligés, ils seront consolés ». Le Pape François a voulu le rappeler en cette année de la miséricorde en organisant récemment une magnifique « veillée pour essuyer les larmes ».

Philippe de Lachapelle