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Préjugés et peurs conduisent à l’exclusion

Quand il est entré dans la rame de métro, les regards se sont tournés vers lui un  par un… Etait-il un homme ou une femme ? Habillé en homme, maquillé comme une femme, fond de teint, rimmel, rouge à lèvres… Le visage est triste, les yeux vides, comme s’il voulait éviter les regards interrogatifs ou réprobateurs. Une jeune femme trisomique est assise juste en face, qui le regarde aussi. Elle se lève, s’approche de lui, met sa main à côté de la sienne, et lui fait remarquer avec une joie évidente qu’ils ont tous deux la même couleur de vernis à ongle, le même bleu tirant sur le gris ! L’homme sourit à son tour, et s’engage alors entre eux une conversation animée, que l’on devine pleine de bienveillance.

On pourrait se contenter de sourire de cette histoire sympathique, s’inquiéter un peu de la naïveté de cette jeune personne trisomique qui prend le risque d’entrer en relation avec un inconnu. Mais je n’ai pu m’empêcher de penser que dans ce wagon, elle était sans doute la seule à ne pas s’être posée de questions sur cet homme, sur sa vie, les raisons de son maquillage. Pas de préjugé, juste du plaisir à constater qu’ils ont en commun la couleur de vernis à ongle. Et lui, de son coté, a pu se laisser ainsi  aborder sans peur par une personne dont il devait bien sentir qu’il n’avait rien à craindre, elle qui était vulnérable. Absence de préjugé, absence de peur, ainsi ont-ils pu engager une conversation de personne à personne, qui leur a donné une joie manifeste à l’un et à l’autre.

Jean Vanier, dans son livre « accueillir notre humanité », nomme la peur et les préjugés comme deux causes majeures qui conduisent à l’exclusion de ceux qui sont différents, que cette différence soit sociale, culturelle, religieuse, handicap, … Il explique que le chemin pour sortir de cette violence est la rencontre d’amitié avec l’exclu. Avancer ainsi vers cette humanité commune qui nous rassemble, et qui fait de nous des frères. Si l’on trouve ce chemin bien difficile parfois, rappelons-nous  que pour faire un pas vers cette humanité commune, il peut suffire tout simplement de partager avec plaisir autour d’une couleur de vernis à ongles.

Philippe de Lachapelle