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Mon fils tu es mon poids d’amour

« Il me regarde avec son air terrifié, les lèvres frémissantes, les gestes désordonnés. Puis lentement, sa main cherche la mienne. Il la serre. Le regard s’apaise, instant d’éternité et de grâce ». Cédric, papa de trois enfants, décrit ainsi dans la revue Ombres et Lumière un épisode de vie avec l’ainé, Guillaume, polyhandicapé. 

Guillaume, explique-t-il, « si je le regarde de façon superficielle, je ne vois qu’un être diminué, qui n’est autonome dans aucun de ses gestes, qui ne parle pas, qui peut crier sans raison apparente. Et pourtant – ajoute-t-il - si je travaille mon regard, je découvre un autre petit garçon. On apprivoise Guillaume dans le temps. Il se dévoile à la fois dans la totalité de sa présence, mais aussi dans le secret de l’attente »

Et le papa de faire cette analogie : « C’est dans la prière régulière, les sacrements, la rumination de l’Evangile qu’on découvre la présence de Dieu. C’est dans la présence répétée et humble que l’on mesure la richesse de Guillaume ».

Mais Cédric ne cache pas qu’il a mis longtemps avant d’entrer dans cette expérience du mystère de Guillaume. De longues années, il a cherché une explication sur l’origine du handicap de son fils. Il espérait que ce diagnostic enfin posé, il trouverait les réponses à ses questions sur son avenir. Il voulait ainsi maitriser le handicap, rendre acceptable ce qui lui semblait alors insupportable, tant son enfant lui paraissait loin, inaccessible. Car dit-il, « le polyhandicap creuse une brèche que ni le langage, ni la raison, ne peuvent combler ». Jusqu’à ce qu’il découvre progressivement que la seule porte qui donne accès au mystère de Guillaume, c’est l’amour, avec ce qu’il suppose de conversion, de choix quotidiens, volontaires, renouvelés, parfois impossibles.

Saint Augustin avait dit : « Mon poids, c’est mon amour ». En écho, Cédric dit à Guillaume : « Mon fils, tu es mon poids d’amour. Sur la terre des hommes, c’est moi qui te porte. Sur la terre de Dieu, c’est toi qui me portes chaque jour ». 

« Celui qui accueille en mon nom cet enfant, c'est moi qu'il accueille » nous dit Jésus. Le témoignage de ce papa nous aide à comprendre cette invitation incessante que Jésus nous adresse à l’accueillir en chacun des plus petits.

Philippe de Lachapelle