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Scolarisation… encore du chemin

« Mon fils s’appelle Baptiste, il a 3 ans, il court, mange, rigole, fait des câlins, et va à l’école depuis quelques jours ». Rien que de très banal dans ces mots de Clotilde, la maman de Baptiste. Pourquoi partager cela sur les réseaux sociaux ? Mais elle ajoute : « Tous les jours, j’attends qu’on me dise qu’il ne peut pas rester à l’école, parce qu’il est trisomique et que l’AVS, auxiliaire de vie scolaire, n’est pas là ». On commence à deviner hélas le scandale.

Un an déjà que cette maman avait pris les devants, rempli des dossiers, harcelé les services, et obtenu finalement toutes les assurances que Baptiste aurait cette AVS à la rentrée 2016. Et elle n’est pas là. L’institutrice pallie comme elle peut en attendant, mais ça ne pourra pas durer. Alors jour après jour cette pauvre maman appelle, envoie des mails, patiente des heures avant que ça ne raccroche… rien. « Je me lève la boule au ventre, en ayant pour seul projet d’appeler encore et encore sans jamais avoir personne »

Alors en désespoir de cause, elle poste son message sur les réseaux sociaux, dans l’espoir que l’empathie des gens soulèvera des montagnes, changera les choses. De fait son message a été partagé en grands nombres, avec des commentaires pleins de compassion, d’encouragements, qui lui font du bien. Mais pas seulement. Arrivent aussi des commentaires désobligeants sur le fait d’avoir gardé cet enfant, de l’avoir laissé naître. De l’art d’ajouter de la violence à la violence.

« Vous pouvez partager ce message – écrit-elle- car je n’ai plus que vous pour espérer faire bouger les choses, que mon petit gars puisse être heureux à l’école un jour. Mais aussi pour dénoncer la situation de tant d’enfants handicapés qui restent devant les grilles de l’école sans pouvoir y entrer ».

On a fait des progrès depuis dix ans pour la scolarisation des enfants handicapés. Il faut le saluer. Mais ne pas oublier que des centaines d’enfants restent en marge, dont les parents doivent vivre en plus les tourments administratifs et humains que Clotilde décrit si clairement.

Philippe de Lachapelle