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Un peuple qui veut sortir de l’exil

« Nous sommes un peuple exilé, et nous voulons mettre fin à cet exil ! ». L’homme qui parle ainsi est Jean-Christophe Parisot, 50 ans, père de famille, haut fonctionnaire, mais aussi diacre, et handicapé, très handicapé même : myopathe, il est tétraplégique, cloué sur son fauteuil. Le peuple exilé auquel il s’adresse, c’est le peuple des personnes handicapées. Elles sont près de huit cent devant lui, dans cette grande salle à Lourdes, rassemblées par la Pastorale des personnes handicapées. Tous handicaps, moteurs, mentaux, psychiques, sensoriels, étrange assemblée qui frémit à cet appel à sortir de l’exil.

Cet exil, ce sont toutes ces situations que connaissent si bien tant de personnes handicapées : les églises et les locaux inaccessibles, les attitudes indélicates, voire dégradantes qu’elles subissent si souvent.  Tant de situations ou attitudes où chacun d’entre nous, valide, pourra se reconnaitre, hélas, comme participant de cette exclusion.

Jean-Christophe Parisot n’appelle pas à cette sortie de l’exil par seule révolte, ni même pas seul devoir de justice. Non, il y va du Salut du monde par la Croix. « La Croix -dit-il- est le lieu de la réconciliation du monde avec Dieu. - Il ajoute- Je regarde cette Croix pour me rendre compte qu’elle m’est tellement proche que je ne la vois pas, parce qu’elle est mienne. Nous, personnes handicapées, nous sommes dessus, avec le regard de Jésus posé sur nous … »

Et Jean-Christophe Parisot d’appeler les personnes handicapées à exercer leur vocation qu’il nomme « notre participation à la vie de Dieu dans le monde. Nous sommes les témoins de la compassion de Dieu pour le monde ». L’exercice de cette vocation passe par tout un chemin d’unité avec ce Jésus qui transforme nos morts en vie, une véritable conversion. Mais il passe aussi par une véritable transformation de notre regard et de nos comportements vis-à-vis des personnes handicapées en Eglise : il ne s’agit pas de leur faire du bien, mais de se laisser faire du bien par elles. Révolution copernicienne à vivre, qui n’est pas facultative ! 

« Nous sommes le plus grand monastère du monde, et vous ne le savez pas -conclut-il- nous sommes en train de construire l’Eglise du 21° siècle, celle où les petits ont la première place, où les malades intercèdent, où la fragilité fait la force »

Philippe de Lachapelle