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Noël, fête de la Paix

« J’en ai marre de ce gars. Il a parlé tout seul toute la nuit, il n’arrêtait pas de marcher dans la chambre en fumant. Pas question de passer une nouvelle nuit comme ça ! Je peux te dire qu’il m’a déjà entendu ce matin, je vais aller le revoir, il va comprendre ! ». Paul qui parle ainsi est un homme qui vient de la rue. Son visage est marqué par les épreuves qu’il a vécues, qui l’ont conduit dans la précarité. Il participe à un séjour de vacance qui rassemble des hommes et des femmes vivant des situations similaires. Et celui dont il parle avec colère, c’est Luc, lui aussi précaire, et qui souffre en plus de troubles psychiques.

Je me suis trouvé désemparé devant cette colère, craignant qu’elle ne débouche sur une violence. J’ai balbutié quelques conseils de temporisation, l’ai invité à parler avec la responsable des chambres pour en changer. Le lendemain matin, on se retrouve à la même table au petit déjeuner. Je lui demande s’il a pu changer de chambre « Non – me répond-il - J’ai réfléchi en moi-même. Je suis allé voir Luc, je me suis excusé parce ce que le matin au réveil j’y avais été un peu fort avec lui. Lui aussi il m’a dit qu’il avait exagéré, qu’il n’aurait pas dû faire ça. On s’est serré la main. Cette nuit, il a été fumer et parler dehors. Il ne m’a pas trop réveillé, juste pour entrer et sortir de la chambre. C’est quand même mieux comme ça que se taper dessus non ? »

Bien sûr c’est mieux. Et j’ai conscience que ce passage fait par cet homme pour trouver un chemin de paix est énorme, bien au-delà de l’apparente anecdote ! Cette capacité de rentrer en lui-même comme le fils prodigue de l’Evangile. Ce courage d’aller rencontrer son ennemi, comme Jésus nous y invite. Cette humilité pour lui demander son pardon alors qu’il avait tant à pardonner lui-même. Se mettre au risque d’une nouvelle nuit partagée… Le voilà le chemin de la paix !

Etty Hilsum a écrit : « Notre unique obligation morale, c’est de défricher en nous-mêmes de vastes clairières de paix, et de les étendre de proche en proche… Et plus il y a de paix dans les êtres, plus il y en aura aussi dans ce monde en ébullition ». Une invitation qui parait tellement ajustée à la période inquiète que nous vivons. Chacun d’entre nous, à l’image de Paul et Luc, peut défricher en lui-même une vaste clairière de paix qui changera ce monde. Alors que nous nous apprêtons à accueillir le Prince de la Paix, c’est une prière que nous pouvons tout spécialement lui adresser le soir de Noël.

Philippe de Lachapelle