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Handicap et sexualité, reconstruire les fondamentaux

"Handicap et sexualité, déconstruire les préjugés". C’est le titre d’un article publié dans une revue qui s’adresse à des travailleurs sociaux, des éducateurs. On y découvre que de plus en plus d’établissements et de service prennent en compte la dimension affective et sexuelle des personnes en situation de handicap, et c’est tant mieux. C’est vrai que pendant longtemps, c’est un sujet que l’on abordait peu, ou seulement en situation de crise.

On y découvre avec intérêt toute une inventivité de moyens pour nourrir la réflexion avec les personnes handicapées elles-mêmes, tout en impliquant ceux qui les entourent, leurs éducateurs, leurs parents : outils adaptés, pictogrammes pour faciliter l’expression, bandes dessinées, groupes de paroles, ateliers de théâtre, et même un magazine dédié créé par des personnes handicapées elles-mêmes.

On peut se réjouir que la préoccupation première soit ainsi de se mettre d’abord à l’écoute de ces dernières, de leur parole, de leurs besoins. « Il faut sortir des représentations très valido-centrées » explique un sexologue. Il a sans doute raison. Mais j’aurais volontiers ajouté : « il faut aussi sortir des représentations très génitalo-centrées »

Car c’est bien ce qui met mal à l’aise dans la lecture de ce long article : la sexualité des personnes handicapées semble réduite à la seule dimension de la génitalité. Ce n’est pas une surprise, c’est dans l’air du temps de considérer la sexualité comme une fonction, un besoin à satisfaire, un droit à exercer, voire « une compétence à acquérir », pour reprendre les mots d’un formateur parlant de technique de masturbation. L’amour est absent de ces quatre pages, sauf sous ce titre : « mes amours » qui laisse songeur.

La force des personnes handicapées, c’est de nous rappeler sans cesse que nous sommes un tout, un corps, un cœur, un esprit. Elles nous invitent à une vision globale de la personne et de sa sexualité, qui unit toutes les dimensions de notre être. Alors si en matière de sexualité, il est peut-être nécessaire de « déconstruire les préjugés », pour reprendre le titre de cet article, il est encore plus nécessaire, à l’école des personnes handicapées, de « reconstruire les fondamentaux ».

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame