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Dans le noir

Nous étions une trentaine à nous retrouver tôt ce froid matin d’hiver, à nous presser dans l’entrée de ce restaurant au nom bizarre : « Dans le noir ». C’est la revue Ombres et Lumière qui invitait des journalistes et des responsables associatifs à découvrir sa nouvelle formule. Rien d’extraordinaire jusque-là, une banale conférence de presse. Sauf que c’est bien dans le noir complet que la revue a été présentée : et là, ce fut extraordinaire.

Extraordinaire de voir les rôles inversés : ce sont des personnes aveugles qui vous guident et qui vous servent. Extraordinaire de se voir invité à tenir l’épaule de son voisin pour circuler par grappes de cinq personnes, jusqu’à une table où la personne aveugle vous installe : on devine ce qu’est la dépendance. Extraordinaire encore de ne pas connaitre la disposition des locaux pas plus que de voir qui sont les convives à votre table : on se sent fragile de ne pas avoir nos repères habituels. Extraordinaire enfin de chercher à tâtons qui son verre, qui son croissant, un peu inquiet de ne rien renverser.

Du coup, les conversations démarrent prudemment, à voix douce, comme si on voulait créer un climat de bienveillance rassurant dans ce contexte désarmant.  Et lorsque Cyril Douillet, le rédacteur en chef a pris la parole pour dire les nouveautés de la revue, le silence était total. Comme si l’oreille se fait plus attentive, lorsque nous sommes débarrassés de toute apparence, comme si c’est le cœur qui se met à écouter. 

Et c’est tant mieux, car c’est bien au cœur que les trois nouveaux chroniqueurs de Ombres et Lumière se sont adressés : Tugdual Derville pour nous dire en quoi une société qui s’organise autour des plus fragiles devient plus humaine. Sophie Lutz pour témoigner de la force de Philippine, sa fille polyhandicapée, qui l’a conduite à l’essentiel. Et Véronique Dufief, pour partager comment sa maladie psychique l’invite à rendre grâce de chaque jour tel qu’il est donné, avec ses forces et ses fragilités.

On a pu ainsi comprendre la vocation unique et vitale de la revue Ombres et Lumière : « Partager nos fragilités, soutenir les familles, transmettre l’Espérance ». Le premier numéro de la nouvelle formule vous sera envoyé gratuitement sur simple demande à l’OCH, que vous puissiez le découvrir et vous y abonner. Car oui, comme le disaient les chroniqueurs, la fragilité peut sauver le monde, et Ombres et Lumière en témoigne sans cesse.

Philippe de Lachapelle, sur Radio Notre Dame