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Peut-on s’émerveiller quand on est affligé ?

"Le Seigneur fit pour moi des merveilles". On a tous dans le cœur ce cri de reconnaissance qui ouvre le cantique de Marie lors de la visitation. Et j’imagine que nous le laissons volontiers monter à nos lèvres lors d’une grande joie, d’un succès, devant un beau paysage. On aura moins le réflexe de le chanter en cas d’échec, de tristesse, de souffrance, de division, non ?

Mais alors pourquoi le Pape a-t-il choisi ce verset comme thème de la journée mondiale des malades cette année ? Pourquoi le Sanctuaire de Lourdes a-t-il même choisi d’en faire son thème d’année pour 2017 ? Les pèlerins qui viennent à Lourdes portent souvent de lourds fardeaux : maladie, handicap, souffrances de toutes natures, pauvreté, misère parfois. On pourrait se demander si ce n’est pas une provocation que de les inviter à s’émerveiller sur tout ce que Dieu accomplit.

La réponse est à contempler dans l’étonnante relation entre la Vierge Marie et la petite Bernadette à qui elle est apparue. « La Sainte Vierge m’a choisie parce que j’étais la plus ignorante » explique Bernadette. Ce n’est donc pas un héros de son temps que Marie a choisie. C’est la plus petite de la bourgade. Asthmatique, fragile, Bernadette était une jeune femme que l’on méprisait, pour son ignorance, sa pauvreté, l’échec familial… une jeune femme humiliée.

Et c’est dans une grotte à cochons, humide, sur le lieu même de son humiliation, que Marie apparait à Bernadette : « Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant 15 jours ? ».  La grâce, le vouvoiement, le sourire de la Dame, le regard, tout relève Bernadette de son humiliation : « Elle me regardait comme une personne qui parle à une autre personne ». Et c’est cette personne relevée, consolée, considérée, qui va être envoyée en mission : Bernadette va prier inlassablement pour les pécheurs, et offrir sa vie si fragile pour le Salut de l’humanité, dans une joie qui ne l’a pas quittée.

« Que j’aime à me rappeler les doux moments passés sous vos yeux plein de bonté et de miséricorde pour nous ! ». « Pour nous » -dit-elle. Oui, chacun de nous, quelles que soient nos souffrances, nous pouvons avec Bernadette, nous laisser relever par Marie, et entonner avec elle son cantique : « Merveille que fit pour moi le Seigneur… Il élève les humbles, il comble de biens les affamés ! »

Philippe de Lachapelle