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Carême, une invitation à nous ouvrir à l’autre

« Je travaillais sans arrêt, je gagnais plein d’argent, j’avais tout, je sortais beaucoup la nuit. Je me sentais dans une impasse et je ne savais pas en sortir. Aujourd’hui, avec Bruno, Piotr, David, et les autres, je me sens vivant ». Julien qui tient ces propos a une trentaine d’année. Grande école, début de carrière fulgurant, gros salaire, il s’est heurté à ce sentiment de vide. Bruno, Piotr et les autres dont il parle sont des hommes de la rue, avec qui il vit dans une colocation solidaire. 

Julien n’a pas changé de métier, il gagne le même salaire, il travaille sans doute un peu moins, et il ne sort plus la nuit. Il est juste passé de son luxueux appartement à cette modeste colocation solidaire, invité par un ami, et il se sent vivant. « Plus le cœur de la personne est vide, plus elle a besoin d’objets à acheter, à posséder, à consommer », écrit le Pape François dans Laudato Si. A l’inverse, on comprend donc que plus le cœur est dilaté, moins la personne a besoin de cette surenchère, pouvant alors vivre un rapport apaisé aux autres, à lui-même, et à la création. C’est sans doute cela qui rend Julien vivant, et manifestement heureux.

Cette expérience de Julien illustre fort bien le message que le Pape François nous a adressé pour ce carême.  Il prend la Parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare. Il constate que Lazare est invisible à l’homme riche. « Le riche ne voit pas le pauvre… », dit-il, en insistant sur l’enfermement du riche : « Sa vie reste prisonnière de la dimension la plus superficielle et éphémère de l’existence ». Et François de nous inviter pendant ce carême à « ouvrir la porte de notre cœur à l’autre, car -écrit-il- toute personne est un don, autant notre voisin que le pauvre que nous ne connaissons pas ».

Julien a choisi de faire des pauvres ses voisins en partageant leur vie. Mais nous ne pouvons pas tous vivre dans de telles colocations ! Peut-être s’agit-il pour nous de reconnaître que nous sommes des pauvres qui avons besoin de nos voisins et de nous risquer à aller leur rencontre comme tel. Ainsi, comme conclut le Pape, « nous pourrons vivre et témoigner en plénitude de la joie pascale ». C’est cette joie qui rend Julien vivant !

Philippe de Lachapelle