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L’amour supporte tout

"Ma femme est devenue malade psychique. La vie était tellement difficile, que je me suis séparé d’elle. Depuis je me sens coupable d’avoir rompu notre mariage". Jérôme a le visage triste en prononçant ces mots douloureux. Il explique combien le comportement de sa femme s’est dégradé au point de mettre en danger la vie familiale. Dépenses inconsidérées, disputes avec les voisins, violences domestiques. Jérôme s’est mis à craindre pour leurs enfants, jusqu’à ce jour particulièrement difficile où il est parti avec eux. 

Il a cherché à prendre soin de sa femme à travers des amis qui comprenaient le mal dont elle souffrait et arrivaient à garder place dans sa vie malmenée. Mais lui ne pouvait plus rien. Elle ne lui pardonnait pas son départ, refusait tout contact, renforçant sa culpabilité. « La seule chose qui me restait était de lui demeurer fidèle et de prier pour elle » dit-il, sans pour autant être en paix. 

Cette séparation contrainte est plus fréquente qu’on ne le croit, et pas seulement en cas de troubles psychiques sévères. Ce conjoint atteint d’Alzheimer, dont l’état de confusion est tel qu’il n’est plus possible qu’il reste à la maison… Ou encore cette personne ayant subi un grave traumatisme crânien, supposant un accompagnement permanent au-delà des capacités et des forces du conjoint. Avec souvent le sentiment d’échec et de culpabilité pour celui qui reste. « Je n’ai pas su l’aimer jusqu’au bout ».

« L’idéal chrétien, particulièrement dans la famille, est un amour en dépit de tout » écrit le Pape François dans Amoris Laetitia. « En dépit de tout ! » Voilà qui risque de renforcer ce sentiment d’échec. Sauf que juste derrière, il écrit : « J’admire parfois l’attitude de personnes qui ont dû se séparer de leur conjoint, et qui cependant par charité conjugale, ont été capables de leur faire du bien – même si c’est à travers d’autres personnes – en des moments de maladie ou de difficulté. Cela aussi est un amour en dépit de tout ».

Monseigneur d’Ornellas écrivait dans la revue Ombres et Lumière : « Jésus accompagne les couples qui veulent vivre la fidélité de leur amour en choisissant pour le bien de leur famille la séparation ». Puissions-nous, chacun, nous faire proche de ces couples que la maladie sépare, et leur partager cette espérance d’un Jésus qui les accompagne au plus près, en dépit de tout !

Philippe de Lachapelle