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Aimer même quand la maladie transforme

"Où est Jean ? - Le cœur battant, je lui réponds – « Mais c’est moi !". "Non, tu n’es pas Jean". C’est par cet étrange dialogue que Jean a pris conscience de la gravité de la maladie de sa femme, Janine. Elle souffrait de difficultés croissantes de mémoire. Mais là, brutalement, un jour de septembre, il était devenu un intrus pour son épouse. Il s’en est trouvé submergé de chagrin.

On l’aura compris, Janine souffrait d’Alzheimer, ne reconnaissant plus son mari. Jean en témoigne dans la revue Pèlerin. « Elle acceptait ma présence à ses côtés – explique-t-il – mais elle me cherchait sans cesse. ». Il a dû faire le deuil de la femme qu’avait été Janine, si engagée et attentive aux autres. Pendant les dix-huit ans de la maladie, ce fut une autre Janine. Mais dit-il, « ce ne fut pas qu’une longue et pénible parenthèse ».

« Malade, Janine m’a révélé un visage d’elle inédit – dit-il – elle était comme un nouveau-né. Son âme et son cœur étaient à nu, sans les précautions de l’éducation ». Jean dit avoir appris la lenteur avec elle. Oh pas d’un seul coup. Il lui est arrivé d’être brutal quand elle le réveillait plusieurs fois par nuit. Mais peu à peu, il a appris à prendre soin d’elle dans tous les gestes de la vie quotidienne, au fur et à mesure qu’elle devenait dépendante, jusqu’à ne plus pouvoir ni marcher, ni parler. Au-delà de la perception immédiate, si douloureuse de la situation, il voyait une réalité plus profonde.

« Janine m’a évangélisé par sa maladie » - confesse-t-il – « Puisque ma femme était dépouillée de tout, j’ai voulu la revêtir de ma considération et de ma tendresse… Son visage, ses paroles, me renvoyaient à plus haut qu’elle ». D’où le surnom qu’il lui a donné « mon icone chérie ». Il rappelle clairement qu’il faut préserver ses forces et demander de l’aide, ce qu’il a su faire. Il était surpris de la capacité de Janine à éveiller les cœurs des voisins et des professionnels qui venaient chaque jour.

Dans Amoris Laetitia, le pape François écrit à propos des changements dus à l’âge ou la maladie : « Quand les autres ne peuvent plus voir la beauté de l’identité personnelle, le conjoint amoureux demeure capable de la percevoir, et l’affection ne disparaît pas. Il réaffirme sa décision d’appartenir à cette personne dans une proximité pleine de tendresse ». Jean et Janine illustrent à merveille cette vocation à aimer jusqu’au bout que rappelle François.

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame