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Pouvoir résider où je veux est une liberté fondamentale

Imaginez que vous habitez dans un département, que vous ayez envie d’en changer, et que quelqu’un vous dise : « Impossible ! Vous ne pouvez venir ici, car vous venez d’un autre département ». Vous seriez choqué, en colère, abasourdi… Ca ne peut pas exister ! Et bien sachez que c’est quelque chose qui arrive souvent à bien des personnes handicapées.

Kevin, par exemple, qui a 22 ans et qui est trisomique. Il habite chez ses parents où il a toujours vécu, bénéficiant d’une formation et d’une éducation au sein d’un établissement spécialisé où il est externe. A trois kilomètres de son domicile, c’est un autre département. Il y va régulièrement pour passer des week-ends dans un foyer qu’il aime beaucoup, où les relations sont très amicales. Son rêve serait de s’y installer pour devenir autonome de ses parents vieillissants, qui l’y encouragent vivement, tant il y est heureux.

Chance ! Une place se libère dans ce foyer. Les responsables instruisent le dossier pour accueillir Kévin auprès des autorités du conseil départemental, qui est le financeur. Hélas, la réponse est négative. Kévin vient d’un autre département, il ne peut être accueilli. Les places de ce foyer sont réservées aux personnes du département financeur. Vous imaginez la déception douloureuse de Kévin et de sa famille. Les histoires comme la sienne sont encore très nombreuses, beaucoup trop nombreuses !

La loi du 11 février 2005 qui a fixé les grandes orientations concernant les personnes handicapées, a mis l’accent sur la possibilité pour celles-ci de bâtir leur projet de vie. Une approche très individualisée, où chacun peut exprimer son projet personnel, et se voir accompagné pour le mettre en œuvre. On ne peut que s’en réjouir ! Comment comprendre alors que douze ans après, il y ait des personnes qui ne puissent changer leur résidence d’un département à un autre pour des raisons purement administratives ? C’est incompréhensible, et ce n’est pas acceptable, d’autant plus que ça ne coute pas plus cher. C’est juste une question de décloisonner les circuits, et surtout de partir du besoin de la personne handicapée et non de telle ou telle administration.

Le handicap est une des priorités du quinquennat qui s’ouvre. Espérons qu’avant cinq ans ce problème sera résolu, pour qu’une liberté fondamentale évidente puisse s’exercer : celle de pouvoir choisir mon lieu de vie !

Philippe de Lachapelle