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Chronique Radio

Personnes âgées, une question de civilisation

Robert a 80 ans bien tassés. Démarche lente, visage ridé, il a besoin de raconter une mésaventure dont il reste choqué. Il montait dans la rame de métro. Tous les sièges sont pris, sauf un strapontin. Une petite fille joue dans l’espace central. Robert s’approche de la place libre. A ce moment, la mère qui occupe la place voisine lance à la petite fille : « Viens vite t’asseoir. Sinon le vieux va prendre ta place ! ». Et la petite fille de se précipiter pour s’asseoir, devant Robert tellement sidéré qu’il n’a rien su dire. Avec tristesse, il déclare : « Quelle sera la vie des personnes âgées de demain, si nos enfants d’aujourd’hui reçoivent de tels messages des adultes ?

Question douloureusement prémonitoire ! Car cette triste histoire de Robert s’est déroulée en 2008, il y a dix ans ! Il vit aujourd’hui dans un EPHAD. Il voit sans doute les pauvres aides-soignantes courir d’un vieillard à un autre, qui pour un traitement, qui pour une toilette. Il a vu ces personnels enfiler un brassard le 30 janvier dernier, pour manifester qu’ils étaient en grève, sans pour autant quitter leur service, pour ne pas ajouter à la maltraitance institutionnelle contre laquelle ils protestent à juste titre.

On le sait depuis longtemps, la question du grand âge s’impose comme un défi sociétal majeur. Pour le moment, les gouvernements successifs n’ont su y faire face que par des rafistolages permanents et autres saupoudrages financiers. Mais nous aurions tort de penser qu’il ne s’agit que d’un problème d’argent. Le philosophe Eric Fiat dans Lavie.fr parle d’une question civilisationnelle. Laïcisation oblige, on a coupé le lien entre l’amour et le soin. On a remplacé la charité inconditionnelle par le respect de la dignité de la personne. Très bien, sauf que de plus en plus, la perte des facultés est perçue comme une perte de la dignité… Plus de dignité, plus de respect, pas plus pour les personnes âgées que pour ceux qui les soignent dans les EPHAD. On comprend la colère de ces derniers qui se sentent abandonnés.

En 2015, le Pape François lançait ce cri : « Une civilisation où les personnes âgées n’ont pas de place porte le virus de la mort… avant d’ajouter : Si nous apprenons à bien traiter les personnes âgées, nous serons traités de la même manière ». Cela commence en apprenant à nos enfants à laisser leur place à nos ainés dans le bus ou le métro, mais aussi en cherchant le chemin, parfois difficile, de la fidélité jusqu’aux derniers jours de leur vie.

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame