Médiathèque

Nous les pères, quels ressorts de vie ?

Vianney est chef d’entreprise. Il est aussi papa de trois enfants, dont l’ainé, Adrien, jeune adulte polyhandicapé.

Je sortais de la vie étudiante – écrit-il dans Ombres et Lumière - J’ai eu le sentiment que le handicap d’Adrien me propulsait brutalement dans le monde des adultes. Devant les symptômes du handicap dAdrien, je me disais qu’on allait lui remettre une pile, qu’il allait redémarrer » - se souvient-il avec humour.

 

Mais voilà, pas de piles, pas de redémarrage. La réalité du handicap de son fils s’est imposée peu à peu. C’était trop lourd pour ce jeune papa qui s’est alors réfugié dans son travail. Il voulait que ses enfants aient des parents avec une vie normale. Sans réaliser que cela deviendrait un piège pour lui. « Ma femme et moi n’avons pas réussi à partager notre douleur, au bout de plusieurs années, nous avons malheureusement divorcé ».

 

Il a créé son entreprise, qui compte aujourd’hui près de trois cents salariés. Il reconnaît qu’Adrien marque beaucoup sa vie professionnelle. « Il m’a donné une force intérieure incroyable. Il m’insuffle une forme de courage et de sagesse. Je le sens dans les difficultés. De même dans les Ressources Humaines, on écoute, on respecte les personnes, en restant exigeant ». Le handicap de son fils si criant l’aide à repérer les fragilités des uns et des autres, et à apprendre à fonctionner ensemble.

 

Mais il fait aussi le constat du grand écart qu’il vit entre ces deux univers si opposés : celui de l’entreprise qui le convoque sans cesse à plus d’efficacité dans un rythme effréné. Celui d’Adrien, qui vit dans l’instant, et qui à sa manière invite son père à entrer dans la lenteur de son temps. « C’est très difficile - reconnaît-il – Nous vivons dans deux univers étanches. J’éprouve toujours de la colère par rapport au handicap d’Adrien. »

 

Pas facile d’être papa d’un enfant malade ou handicapé. Pas facile de conjuguer cela avec une vie professionnelle, avec des engagements dans la société. Le sentiment de grand écart est fréquent, la possibilité de faire des choix parait bien limitée. Il existe des chemins, mais on a besoin des autres pour les trouver, pour que ce grand écart se transforme en ressorts de vie.

L’OCH propose un week-end pour les pères d’un enfant malade ou handicapé, les 12 et 13 janvier prochains. Invitez-les à s’inscrire. Ils en ont besoin, plus qu’ils ne l’imaginent eux-mêmes !