Actus

Olivia Ernoult, bipolaire : « Il est urgent de sensibiliser et de déstigmatiser les troubles psychiques »

Vivant avec une bipolarité depuis vingt ans, Olivia Ernoult s’est relevée après plusieurs hospitalisations traumatisantes. Alors que le collectif « Santé mentale Grande cause nationale » poursuit sa campagne en juin, Ombres & Lumière porte la voix d’une future mère. Éprouvée par les symptômes d’une spondylarthrite et d’un Parkinson précoce, cette pair-aidante révèle qu’il n’y a pas de coup fatal.

«On purifie l’or dans le feu. » Olivia Ernoult énonce cette phrase inspirée de la Bible, avec calme, depuis le salon de son appartement parisien ensoleillé. Poétique, le précepte reste un brin énigmatique. Mais lorsque l’on écoute le parcours de vie de cette trentenaire, à la silhouette digne d’une gravure de mode, tout s’éclaire.

À 17 ans, des premiers symptômes d’« aléas d’humeur » se font persistants. Les médecins la mettent sous antidépresseurs. « J’ai vite arrêté, je n’étais pas sereine », relate Olivia Ernoult. La vie étudiante l’appelle. Durant sa première année de licence en espagnol et anglais, à Paris, cette dernière d’une famille nombreuse catholique vit un « mouvement de recherche spirituelle ». 

J’ai été bardée de médicaments, constamment endormie et shootée. J’ai essayé de m’accrocher pour poursuivre mes études, mais j’ai fini par lâcher.

Elle participe notamment à un pèlerinage étudiant à Chartres qui lui laisse comme un « feu intérieur ». Ce désir la pousse à vivre les journées mondiales de la jeunesses (JMJ) de Cologne, en Allemagne, en 2005. « Là-bas, j’ai expérimenté ce que la psychiatrie appelle un ‘délire mystique’ », se remémore cette brune aux yeux d’un bleu lumineux.

De retour en famille, à Antony, dans les Hauts-de-Seine, la crise se poursuit. Ses parents l’emmènent se faire hospitaliser. « Cet épisode a été très violent, se souvient-elle. Mon entourage ne connaissait rien au monde de la psychiatrie. » Ce premier séjour dure cinq semaines. Rapidement, le terme de bipolarité est posé. « Certains diront que j’ai eu de la chance de le savoir aussi vite, avance la jeune femme, mais j’ai été bardée de médicaments, constamment endormie et shootée. J’ai essayé de m’accrocher pour poursuivre mes études, mais j’ai fini par lâcher. » S’ensuivent des années à osciller entre traitements, phases de stabilisation et séjours à l’hôpital. 

Reconstruire son identité

En septembre 2022, Olivia découvre l’association La Maison perchée, un lieu d’accueil à Paris pour des jeunes vivants avec des troubles psychiques. « Ce lieu est un miracle, j’ai toujours voulu que ça existe… Et il existe ! », se souvient-elle avoir pensé. Elle y devient bénévole en animant un groupe de parole sur la bipolarité. En parallèle, elle suit une formation pour devenir pair-aidante professionnelle, délivrée à l’hôpital lyonnais du Vinatier, un établissement référence en psychiatrie. « Ce diplôme a été une étape importante dans la reconstruction de mon identité, mesure-t-elle. J’ai appris à m’aimer avec mes failles et mes forces. »

Sa rencontre avec Vincent, en 2023, donne l’élan supplémentaire. « Un coup de foudre, mais qui n’aveugle pas », aime-t-elle décrire. « J’ai eu peur de le perdre en révélant mon trouble ». Olivia commence par lui dire qu’elle a fait une dépression. Puis, « de petite pierre en petite pierre… J’ai fini par lui lâcher la grosse brique en lui racontant tout mon parcours », raconte-t-elle, amusée. Ce dévoilement par étapes n’a pas effrayé Vincent, devenu son mari en mars dernier : « J’ai aimé sa façon de m’accompagner dans la compréhension de son trouble. Je suis admiratif de tout ce qu’Olivia a su traverser. Elle n’est jamais dans la révolte et appréhende ce qui lui arrive avec une force et une lucidité qui m’impressionnent. »

On m’a attachée, puis administré une injection qui m’a rendue amorphe, incapable de parler et aveugle durant plusieurs heures. J’avais besoin de douceur, je me suis retrouvée comme un animal en cage.

Et pourtant l’été 2024 a été houleux, avec deux crises suivies de deux hospitalisations sous contrainte. « Je n’étais pas violente mais j’ai refusé de me mettre en pyjama d’hôpital, je voulais garder mes habits par dignité, explique Olivia. L’équipe médicale ne m’a pas laissé le choix. On m’a attachée, puis administré une injection qui m’a rendue amorphe, incapable de parler et aveugle durant plusieurs heures. J’avais besoin de douceur, je me suis retrouvée comme un animal en cage. » Quand on sollicite la jeune femme sur sa vision de la psychiatrie, elle veut passer ce message : « Il est urgent de sensibiliser et de déstigmatiser les troubles psychiques. Cela peut arriver à tout le monde. Ce n’est pas parce qu’on vit avec ces maladies que l’on perd sa dignité et que l’on n’a pas un rôle à jouer dans la société. »

Dans l’espérance totale

Le plus difficile, pour Vincent, ce sont les moments de souffrance de sa femme, causés notamment par la spondylarthrite – une inflammation chronique des articulations – diagnostiquée en 2018, et la maladie de Parkinson précoce, découverte il y a un an. « Je me sens alors impuissant à l’aider », reconnaît-il. 

Aujourd’hui, ce sont ces deux maladies qui handicapent davantage encore cette future mère. « Mon bras gauche est très difficile à mobiliser, parfois je n’arrive même pas à mettre un pull toute seule…, déplore-t-elle. Je découvre la perte d’autonomie au moment où un enfant va être dépendant de moi ! » Le couple a demandé une prestation de compensation du handicap (PCH) parentalité, via la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Pour le reste, « on trouvera toujours des solutions, on est dans l’espérance totale », philosophe celle qui a appris à vivre au jour le jour, portée par une foi vivante qu’elle partage avec son mari.

Je suis convaincue que Dieu veut que j’expérimente la joie vraie.

Comment comprendre, malgré tout, cette accumulation d’épreuves ? Olivia répond, l’âme tranquille : « Dieu ne veut pas que je souffre. C’est insensé, en soi, la souffrance. Mais on peut y donner du sens. Je suis convaincue que Dieu veut que j’expérimente la joie vraie. J’ai eu des idées suicidaires durant de nombreuses années et j’ai vécu l’expérience d’un dégoût profond de la vie… Or, aujourd’hui, je porte la vie en moi ! Malgré des croix phénoménalement lourdes à porter, je peux en témoigner : je vis la vraie joie. Dans la noirceur, il y a toujours une pépite d’or à trouver. »  

Par Guillemette de Préval – le 6 juin 2025

Repères

11 novembre 1986 : naissance à Lille (59)

2005 : diagnostic de sa bipolarité 

Automne 2024 : diplôme de pair-aidante

Mars 2025 : mariage avec Vincent

Partager