À Rome, l’espérance frémit malgré l’absence du pape - Fondation OCH

Série Web - Jubilé des personnes handicapées

À Rome, l’espérance frémit malgré l’absence du pape

Dans la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, lors de la messe d’ouverture du jubilé des personnes handicapées. @MC

Deux jours après les funérailles du pape François, qui ont vu déferler des catholiques du monde entier, les personnes handicapées sont mises à l’honneur à Rome, à l’occasion de leur jubilé, ces lundi 28 et mardi 29 avril. Entre la déception, pour certains, de ne pas rencontrer le pape, et l’assurance de trouver une place élargie dans le cœur de l’Eglise*, pèlerins et grands témoins diffusent eux-mêmes une espérance malgré l’épreuve, en franchissant les portes saintes.

Sous le ciel clément de Rome alors que le mois d’avril touche à sa fin, au milieu de quelques journalistes fébriles, qui se préparent pour le conclave, et d’une foule paisible de pèlerins, le jubilé des personnes handicapées a commencé ce lundi 28 avril dans la rue, mais aussi sur les bancs de l’université et des églises.

En guise de coup d’envoi, le Vatican a tenu à mettre en lumière le signe prophétique que représente le sport paralympique, quelques mois après les Jeux de Paris, lesquels avaient suscité un sursaut d’enthousiasme en septembre dernier. L’intégration de tous dans la société était au cœur d’un colloque centré sur le sport paralympique « générateur d’espérance », ce lundi matin dans l’université de la Lumsa, toute proche de la place Saint-Pierre : l’héritage du pape François a été mis au jour, lui qui aimait et encourageait le sport, invitant à puiser des valeurs anti-individualistes dans cette véritable école de vie commune et de solidarité.

« Le pape François a introduit une radicalité dans l’accueil de chacun », a rappelé Maria Cinque, professeur à la Lumsa, qui a lié le « magistère du sport » du pape François à son désir d’inclusion intégrale, pour que l’Église devienne toujours plus « une maison pour tous ». Le colloque venait souligner combien le sport représentait une « évangélisation incarnée ».

J’ai failli pleurer sur la tombe du pape François en arrivant.

À quelques rues de la Lumsa, le pape François est encore sur toutes les lèvres. « Hier, en arrivant depuis l’aéroport de Beauvais, on est allés sur sa tombe, on a prié, on s’est mis à genoux et j’ai failli pleurer, évoque Rémi, jeune homme avec un handicap mental de L’Arche, venu de Cuise, près de Compiègne dans l’Oise, avec son groupe.

À ses côtés, Marie, jeune femme trisomique, est émue à l’idée de lire une des intentions de la prière universelle lors de la messe prévue à la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, à laquelle elle s’apprête à se rendre à la fin de l’après-midi. « Que des premières fois ! s’écrie à ses côtés Sony. « Première fois l’avion, première fois à Rome » ! Premier jubilé aussi pour la plupart des pèlerins, invités à vivre à leur échelle cette « espérance qui ne déçoit pas ». Le pape Jean-Paul II avait déjà évoqué le marqueur d’espérance propre aux personnes handicapées lors du jubilé de l’an 2000, -les exhortant à l’orée du nouveau millénaire à la sérénité, parce qu’ils étaient porteurs « d’une profonde espérance de libération ». 

A partir du moment où l’on croit en nous, on peut arriver à de grandes choses.

Deux athlètes paralympiques italiens ont participé à ce lancement du jubilé des personnes handicapées à la Lumsa. « C’était important pour moi de livrer mon témoignage aujourd’hui », a appuyé le jeune judoka de 21 ans Paolo Dongdong Cammani, atteint d’une maladie des yeux qui l’a rendu aveugle, enfant.

« À partir du moment où l’on croit en nous, où la confiance nous est donnée, on peut arriver à de grandes choses. Le message que je tiens à faire passer, c’est qu’il faut toujours voir la personne avant le handicap : pour moi, avant le handicap, il y a Dongdong, et toute ma personne. Même si mon handicap, ma cécité, fait partie de moi, et je que l’accepte, ce que je suis devenu, c’est bien au-delà ». Le jeune homme espérait passer la porte sainte du jubilé à l’issue de son témoignage puissant, qui lui a valu une ovation des étudiants

À ses côtés, Martina Cairobi, athlète italienne paralympique amputée d’une jambe à la suite d’un accident, est partie de son expérience en athlétisme pour énoncer le fruit du sport paralympique, un catalyseur de confiance en soi et en l’autre.  

Les personnes handicapées considérées fragiles, qu’on n’imaginait jamais remplir les stades, deviennent des instruments de transformation sociale par le sport.

Luca Pancalli, président du comité paralympique italien, a de son côté désigné le sport paralympique comme un signe de la « transformation significative de la société ». « Les personnes handicapées considérées fragiles, qu’on n’imaginait jamais remplir les stades, deviennent des instruments de transformation sociale par le sport ».

De même, qui imaginait une foule immense emplissant Saint-Paul-hors-les-murs, au soir de cette première journée, si bien que la police refoulait une partie d’entre eux ? « Je viens prier pour le pape François, pour les prêtres », souffle Clémence, atteinte d’un handicap mental, tandis que Rémi affirme : « Pour moi l’espérance, c’est très fort, mais je ne sais pas pourquoi je dis cela ».

Sans pouvoir le formuler, il rend compte de ce passage escarpé dans l’espérance d’un grand nombre de familles, et notamment de couples italiens, tenant serrée ferme la main de leur enfant handicapé, -pour franchir avec tout le poids de leur peine, la haute porte sainte.

Marilyne Chaumont, avec Guillemette de Préval – 28 avril 2025

*Ce dernier leur avait attribué un « magistère de la fragilité », c’est-à-dire un rôle spécial dans l’enseignement de l’Eglise.

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