Chroniques

Accepter l’inacceptable

Une statue de Marie avec l'enfant Jésus
© Istock.

« Je ne sais pas comment tu fais » : combien de fois ai-je entendu cette phrase ! À chaque fois, je réponds que moi-même, je ne sais pas. Un pas à la fois, comme je peux, avec des hauts et des bas comme tout le monde, et quand il faut le faire, on le fait. On peut penser qu’on n’a pas le choix. Mais je n’ai jamais voulu être victime de cette situation et la subir. J’ai pris la décision, vraiment consciente, d’accepter cette vie, et ça me permet d’avancer et de vivre. Cela ne signifie pas que tout est facile, mais je fais le choix d’accepter, et non de me résigner. Cela m’aide au quotidien. De fait, avec cinq enfants, dont une quatrième polyhandicapée, rien n’a jamais été simple. Une phrase du Notre Père me porte également : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. » J’ai souvent avancé au jour le jour, voire à l’heure à l’heure, dans les moments les plus difficiles. Ces moments à supporter pour moi, ce sont les périodes où l’un de mes enfants souffre, ou quand Marie Océane est malade, douloureuse, hospitalisée et mal soignée, ou incomprise. Sa vie tient parfois à un fil. Je dois faire entendre sa détresse, ses douleurs, ses particularités, sa dépendance à 200 % Comme je peux me sentir seule face à tout cela !

Si je pense à demain, je ne peux que craquer. Ne pas penser à ce qu’elle sera, à ce qu’elle va devenir, faire, pas faire. On s’en fiche, en fait. Je l’aime et je l’accompagne au jour le jour. J’avance, pas à pas, dans cette journée qui m’est donnée de vivre.

Les moments les plus durs, quand je relis mon histoire, sont les moments où chacun de mes enfants était à sa place, dans sa classe, dans ses activités, avec ses amis, sauf Marie Océane, dont personne ne voulait. Il n’y avait pas de place pour elle. Elle était trop ceci, pas assez cela, dans tous les cas trop handicapée, et surtout très épileptique !

Dans les périodes les plus noires, j’ai prié en silence, en pleurant seule chez moi. J’ai crié mon désespoir devant Marie dans une église. Ce qui est incroyable, c’est qu’à chaque cri, j’ai reçu une réponse. Marie m’a appris le fiat : d’une main, « que ta volonté soit faite », de l’autre, je soutiens mon enfant. Accepter le handicap et tout ce que ça provoque, accepter l’inacceptable, c’est tellement difficile, mais tellement salutaire.

Je fais comme je peux, un pas à la fois, en acceptant cette vie au jour le jour, en priant, en ne restant pas seule. J’ai aussi mon époux, mes enfants, nos familles, mes amis, qui me gardent dans le monde des « normaux ». Le handicap ne doit pas nous définir uniquement et nous condamner à être tristes, en dehors de tout. Alors vivons.

Caroline Saillet, ombresetlumiere.fr – 5 février 2024

portrait de caroline Saillet


Psychomotricienne par vocation, Caroline Saillet a toujours été proche des personnes porteuses de handicap. Mariée à Hubert Saillet, notre ancien chroniqueur, elle est mère de cinq enfants, dont Marie Océane, polyhandicapée. Bricoleuse, créative, un peu hyperactive, elle dévoile des recoins du quotidien et des réflexions sur le polyhandicap en partant de son expérience.

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