Ma famille a eu de la chance de m’avoir

Ma famille d’accueil a eu de la chance de m’avoir
©dr
Juliette, dans cette petite histoire, nous rappelle combien la clef du bonheur, c’est cette confiance en nous-même et en l’autre: se savoir aimable et aimé, tel que nous sommes, au point de se regarder comme une chance pour les autres. Pour chacun d’entre nous, c’est très difficile d’y croire.

Ma famille a eu de la chance de m’avoir

Juliette porte un handicap mental depuis sa naissance. Depuis son tout jeune âge, elle est confiée à une famille d’accueil au sein de laquelle elle grandit. Elle est bien accompagnée, dans une juste relation, elle reçoit la tendresse et les soins dont elle a besoin. Elle s’épanouit manifestement.

Un jour une personne des services sociaux qui la visite de temps à autre lui dit d’un ton enjoué : « Tu sais, tu as eu de la chance d’avoir cette famille d’accueil ! ». Juliette sourit, et répond avec son naturel gracieux : « Oui, c’est vrai, ma famille d’accueil a eu de la chance de m’avoir ! » sans se rendre compte que ce n’est pas cela que disait le visiteur. Mais cela témoigne sans doute de ce que Juliette a trouvé auprès de cette famille: l’estime d’elle-même, au point de se regarder comme une chance pour les autres : « Ils ont eu de la chance de m’avoir »

Juliette, dans cette petite histoire, nous rappelle combien la clef du bonheur, c’est cette confiance en nous-même et en l’autre: se savoir aimable et aimé, tel que nous sommes, au point de se regarder comme une chance pour les autres. Pour chacun d’entre nous, c’est très difficile d’y croire. Je me souviens d’un jour où nous répétions ce chant tiré du psaume : « Je te bénis mon créateur pour la merveille que je suis». Un jeune m’interpella alors vivement: « Comment peut-on oser chanter que nous sommes une merveille ? ». Comme lui probablement, nous avons le sentiment que si les autres savaient ce qu’il y a réellement au fond de nous, nos blessures, nos peurs, nos difficultés affectives,  ils ne pourraient plus nous aimer. Alors nous faisons tout notre possible pour masquer ces failles qui nous encombrent et qui nous empêchent de nous regarder comme une merveille. Juliette, elle, avec son handicap, ne peut pas trop les cacher, et pourtant, elle s’est sentie aimée.

Elle est là, la bonne nouvelle. Nous sommes aimables, tels que nous sommes ! Non pas malgré nos failles et nos blessures, mais avec elles, et même en elles. Oui, en elles, car depuis que Jésus est mort et ressuscité par amour pour nous, Il a pris sur lui toutes nos blessures. Nous pouvons chacun recevoir pour nous personnellement cette parole d’amour inconditionnel de Dieu : « Tu es mon fils, ma fille, bien-aimé en qui j’ai mis toute ma joie ». Et c’est de cet amour inconditionnel que Jésus nous invite à nous aimer. En ce temps pascal, Juliette et sa famille d’accueil, à leur manière nous le rappellent.

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame