Vincent Lambert, le langage du corps

© Marc-Olivier Jodoin

Vincent Lambert, le langage du corps

Une dizaine de procédures judiciaires, un nombre incalculable de décisions médicales, de procédures collégiales, d’avis d’experts. Des conseils de famille, des tentatives de conciliation… Des milliers d’articles de presse, de prises de positions publiques, des plus connus aux plus anonymes… Des pétitions, des appels au président de la République, des livres… Ainsi peut se décrire ce qu’on nomme « l’affaire Vincent Lambert »

A chaque nouvelle décision, le brouhaha médiatique redémarre de plus bel, au milieu duquel, il y en a un qui se tait, et pour cause, c’est Vincent Lambert lui-même, qui poursuit étonnamment son chemin. Plus de dix ans déjà qu’un accident l’a plongé dans cet état d’extrême dépendance, sans autre traitement ni appui technique qu’une sonde qui le nourrit. Celle-ci a d’ailleurs été arrêtée pendant dix-sept jours entre deux décisions contraires… Dix-sept jours sans manger, et il est toujours là, jour après jour, silencieux, mais là, loin de ce brouhaha qu’il semble traverser.

Cette persévérance du corps parle ! « Le langage du corps », chante Grand corps malade qui nous dit : « On peut être timide ou on peut parler fort, de toute façon, ce qui décide, c'est le langage du corps ». Le corps de Vincent Lambert décide. Et il nous questionne : qu’est-ce que l’homme, sa dignité ? Qu’est-ce qu’être vivant, être en relation ? Quel est le sens de la dépendance ? Vincent Lambert nous emmène sur des sujets qui touchent au mystère insondable de la personne. Il rejoint chacun de nous au plus intime. Il révèle des blessures, des peurs, des angoisses parfois qui nous habitent. Parce que c’est difficile de consentir à notre extrême vulnérabilité, d’entrer dans ce mystère de l’homme, si fragile, si dépendant.

Alors faut-il chercher dans notre seule intelligence si pauvre la réponse à tant d’interrogations ? Vincent Lambert ne nous inviterait-il pas aussi à contempler ? Contempler cette extrême vulnérabilité de notre être, et nous réconcilier avec cette part fragile de nous-même ; découvrir cette humanité commune à laquelle nous appartenons tous, sans exception aucune, quelles que soient nos capacités ; et nous réjouir que tous, membres de cette humanité commune, si différents les uns des autres, nous trouvions le sens de nos vies dans notre capacité à prendre soin les uns des autres.