Un pas de biais

Des fleurs inattendues

Je connais plusieurs mamans d’enfants porteurs de handicap. Certaines sont même de très bonnes amies. Je les côtoie, je les écoute, j’emprunte à leurs côtés le chemin sinueux, caillouteux de l’existence, et c’est une source intarissable de joie et d’émerveillement.

Chez ces femmes – car elles sont femmes avant d’être mères, je trouve une force de vie, une combativité, une audace que je ne trouve pas chez d’autres. Celles qui me sont proches sont très jolies : de cette beauté naturelle, franche et sans faux-semblants, qui fait du bien. Comme si les difficultés du quotidien avaient déployé en elles un appétit de vivre, une conscience de l’importance des détails qui rendent la vie plus douce, plus agréable, mais aussi des détails inutiles sur lesquels il est préférable de passer, sans autre forme de procès.

Certaines de ces mamans sont mes amies. Des amies que je n’aurais pas toujours imaginé avoir, car elles sont d’âge, de milieux et d’horizons bien différents. Alix est architecte, maman d’un adolescent trisomique, et par ailleurs grand-mère. Camila vient d’Amérique du Sud et danse à merveille la salsa. Elle apprivoise avec courage la maladie psychique aux côtés de son fils. Blandine a un vrai talent pour la peinture, elle a deux petites filles appareillées. Quelle force je trouve auprès d’elles. Quelle consolation. Je ne suis pas mère mais je me découvre, en les écoutant, un cœur de mère. Et puis, avec elles, je partage cette connaissance intime du handicap et de ses délicates ambivalences : la difficulté à supporter le regard des autres, mais aussi leur non-regard ; la volonté d’être aidée et l’impuissance à exprimer parfois une demande ; le besoin de souffler et l’impossibilité de lâcher ; le désir d’être reconnue, mais pas admirée : si la reconnaissance console, l’admiration isole.

À l’écoute de ces mamans, je mets des mots sur mes propres sentiments. Je les trouve belles, ces femmes, et j’aime la profondeur et la vérité de nos échanges. Le handicap nous écharpe le cœur et le corps sans répit, mais il est ce terreau commun qui permet à des fleurs inattendues de pousser, parmi lesquelles des amitiés inégalables.

Cécile Gandon, ombresetlumière.fr – 29 avril 2024

Porteuse d’un handicap moteur, Cécile Gandon travaille dans l’associatif. Elle vient de publier « Corps fragile, cœur vivant » (Emmanuel).

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