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Des vêtements avec un p’tit truc en plus
Après la naissance de sa fille née avec des pieds bots, Angélique Maurat a créé des vêtements adaptés aux bébés nés avec des particularités les contraignant à vivre avec du matériel médical lourd. Toulousaine, cette jeune maman jongle avec passion entre son métier d’aide-soignante et d’entrepreneuse.
Pour Angélique Maurat, l’année 2020 n’aura vraiment pas été de tout repos. À l’épidémie de Covid, s’est ajoutée l’annonce du handicap de sa fille. « Un mois avant sa naissance, les médecins nous ont annoncé que notre fille allait naître avec les pieds bots », raconte-t-elle dans un café du centre-ville de Toulouse. La jeune femme d’alors 27 ans ignore tout de cette pathologie, potentiellement d’origine génétique, et qui se manifeste par des pieds mal positionnés, vers l’intérieur, en équerre. Sa fille échappe à une opération chirurgicale, nécessaire pour les cas de malformation sévère. Elle est en revanche plâtrée ses cinq premières semaines de vie. Puis, s’en suivent le port d’atèles jusque ses quatre ans, jour et nuit. La maman se souvient encore de l’alerte, difficile mais nécessaire, du médecin : « Si vous ne respectez pas scrupuleusement ce protocole, votre fille risque de ne jamais pouvoir marcher. » Aide-soignante de profession, cette femme originaire d’Ariège parvient à « relativiser » par rapport aux autres situations qu’elle accompagne à l’hôpital.
Mais très vite, la question de l’habillement de sa fille, Mandy, se pose. « Avec ses plâtres et ses atèles, aucun pyjama ou vêtement ne lui convenaient. » Exit tous les jolis vêtements amoureusement achetés durant la grossesse, Angélique doit tout découper et rafistoler. « Pour moi qui aimais la mode, c’était un peu difficile à accepter ! », lâche-t-elle dans un rire. Ses recherches sur des groupes de parents et d’associations l’amènent à constater qu’elle n’est pas seule dans cette galère. La graine est semée.
« Les familles sont obligées de couper ou replier les vêtements au niveau du membre manquant, mais cela peut gêner l’enfant dans son apprentissage de la mobilité. »
En 2022, « la tête plus libre », la Toulousaine se lance pour concrétiser l’idée de créer une marque de vêtements pour enfants nés avec des pieds bots. L’idée mord auprès de parents sondés. Feu vert. La soignante ne connaît rien à l’entrepreneuriat, mais, armée de toute sa bonne volonté et de son expérience de mère, elle contacte des couturières pour leur proposer les modèles imaginés : des vêtements s’ouvrant par des pressions, plus larges au niveau des jambes et sans fermeture aux pieds. « Tout ce que j’aurais aimé pour ma fille ! » Les premiers pyjamas et bodys prennent forme. Puis, l’idée d’élargir sa gamme de vêtements à d’autres pathologies lui vient. « J’ai souvent soigné des adultes ayant des stomies – des poches pour évacuer les selles – et des gastrostomies – une sonde ventrale pour l’alimentation, explique l’entrepreneuse. J’imaginais que ce devait être aussi compliqué d’habiller des bébés atteints de ces mêmes pathologies ». Le dressing s’étoffe alors de pyjamas avec des ouvertures ventrales, puis de manches raccourcies, « pour les enfants atteints d’agénésie (l’absence d’une main, de l’avant-bras… ndlr) », poursuit-elle. « Les familles sont obligées de couper ou replier les vêtements au niveau du membre manquant, mais cela peut gêner l’enfant dans son apprentissage de la mobilité ».
Depuis le lancement, Angélique Maurat met à profit les temps creux de son agenda d’aide-soignante pour développer son entreprise. Au Centre hospitalier universitaire de Toulouse, elle tente de se faire connaître auprès du service dédié aux pieds bots. Énergique, elle s’est inscrite à plusieurs concours pour décrocher des trophées d’innovation dans le champ du handicap. En 2023, démarchée par l’entreprise Carrefour, elle gagne celui de « Viva technologie » et obtient des emplacements dans deux magasins de l’enseigne alimentaire. Elle rencontre même Brigitte Macron.
Ce sont surtout les rencontres confidentielles et les échanges avec les parents concernés qui touchent cette optimiste. « Par cette épreuve, j’ai déployé des talents que je ne soupçonnais pas avoir en moi, analyse-t-elle. Elle s’est transformée en une occasion de créer, en une force. » Elle veut croire que cela en deviendra une pour sa fille aussi. Âgée de 4 ans, Mandy ne porte désormais plus d’atèles et marche comme n’importe quel enfant. « C’est amusant, constate Angélique, elle va assez naturellement parler aux personnes en fauteuil roulant. Si son histoire peut la rendre sensible à cette cause, tant mieux ! »
Guillemette de Préval, 28 janvier 2025
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