Ecouter, jusqu'où ?

Nora : Ma voisine aime me parler. Elle guette mes allers et venues pour saisir des occasions de rencontres. Elle revient d’un séjour à l’hôpital psychiatrique. Dans quelle mesure, je peux mettre des limites sans casser la confiance qu’elle me fait ?

Nourrir la confiance n’empêche pas de mettre un cadre. Il me semble que si votre écoute occasionnelle est bonne, la confiance grandira. Créez les conditions pour que cette écoute soit de qualité (disponibilité, lieux chaleureux …), et peut-être que vous pouvez faire de vos écoutes impromptues, des écoutes planifiées : permettez-vous de reporter à plus tard une écoute qui commence sur le palier de votre porte. Ne valorisez pas son mode impulsif. Dans l’attente d’un véritable échange, vous développerez en elle, sa capacité à choisir ce qu’elle va vous partager. Vous allez l’aider à parler de choses importantes et d’ailleurs vous pouvez parfois lui demander : « dans tout ce que vous me dites, qu’est-ce qu’il y a de plus important pour vous ? ».

Si elle a tant besoin de vous parler, c’est sans doute qu’elle se confie à peu de personnes et pourtant, on peut espérer que vous n’allez pas rester la seule personne en lien avec elle. N’hésitez pas à lui poser quelques questions qui l’inviteraient à sortir de chez elle et à développer son réseau social : qu’est-ce qu’elle aime ? A quelles activités elle a déjà participé ? Quels sont ses liens avec la paroisse ou à quelle spiritualité est-elle sensible ? A-t-elle pensé à un bénévolat ?

La confiance peut se nourrir de réciprocité. Avez-vous confiance en elle ? Quel acte de confiance pouvez-vous lui faire ? Celui de croire en elle ? Mettre des limites raisonnables à une personne, c’est croire en elle, en sa capacité à évoluer, et croire qu’elle peut respecter vos propres limites.