Chroniques

Les vertus de l’enfance

J’ai eu l’occasion dernièrement de partager les joies simples de l’enfance, le temps d’un week-end à la campagne. Je me suis promenée avec de jeunes enfants qui m’ont permis de redécouvrir un environnement familier autrement. En effet, je connaissais parfaitement les chemins de terre, chaque tournant, chaque route de ce coin de verdure. Mais en leur compagnie, j’ai découvert bien plus de trésors et de détails inédits sur cette nature : j’ai aperçu des moutons, des chèvres, des poules, que je n’aurais peut-être pas regardés, seule. J’ai, à leur suite, imité leurs cris ; j’ai pris le temps d’écouter le bruit d’un avion, de regarder sa trace dans le ciel, de chercher puis contempler la lune en plein jour, de regarder et d’écouter la « rivière qui fait pipi », de trouver un petit bâton pour marcher dans les sous-bois, de faire attention aux plantes-qui-piquent… de toucher la mousse qui est si douce et de dire au revoir à chacune de ces créatures en poursuivant mon chemin.

J’aime la poésie qui se dégage de leurs regards sur le monde, leur attention émerveillée aux êtres, et je sais que j’en ai bien besoin !

J’ai constaté que mes pensées font souvent écran entre la réalité et moi-même. C’est assez typique des maladies psychiques. Par exemple, je pense souvent que je dois chercher à résoudre tous les problèmes dans ma tête avant d’agir : je pense au lieu de vivre. Je gamberge dans mes tourments. En réponse à cela, un prêtre m’a recommandé la « prise de terre » : remède à la « prise de tête » !

Ce que prêche cet homme, les enfants le vivent déjà : leur émerveillement devant le monde est un enseignement pour ceux qui s’approchent d’eux. Le renouvellement de la vie ne me semble pas qu’une affaire démographique. Donner la vie revient à la recevoir de nouveau par ceux que l’on enfante. On « arrive » une seule fois au monde, mais il nous est recommandé de naître de nouveau… « Si vous ne redevenez comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux », nous dit le Christ dans l’Évangile.

En ces temps que je trouve incertains, et lourds d’inquiétude pour l’avenir, je réapprends l’émerveillement devant le mystère de la nature et des êtres qui m’entourent.

Sophie de Coatpont, ombresetlumiere.fr – 13 mai 2024

Sophie de Coatpont, atteinte de bipolarité, se destine à être médiatrice de santé paire en psychiatrie. Elle suit actuellement une licence professionnelle à l’université et travaille dans une association à temps partiel, où elle apprend à accompagner des adultes avec un handicap psychique. Avec ses mots qui frappent sans jamais abîmer, trempés dans sa foi et sa soif de vivre, Sophie de Coatpont traverse le fil précaire de l’existence, en quête d’équilibre.

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