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"Je ne suis pas née pour cette vie"

« Tu sais, maman quitte parfois ma chambre pour pleurer en cachette dans les couloirs… Quand je vais mourir, elle aura du chagrin, de la nostalgie. Mais je n’ai pas peur de mourir, je ne suis pas née pour cette vie ! ». C’est Karine qui parle ainsi. Elle répond au docteur Brandao, médecin cancérologue qui la soigne, et qui s’étonne de ne pas voir sa mère dans sa chambre comme à l’habitude. Il témoigne de cette rencontre étonnante sur le site Aleteia. Karine a alors onze ans. Atteinte d’un cancer, c’est une petite fille éprouvée par de longues années de traitements variés, de manipulations, d’injections, tous les désagréments causés par les chimiothérapies et radiothérapies. Des années qu’il la soigne ainsi, qu’il la voit traverser cette épreuve avec courage, sans jamais flancher, même si parfois elle exprime ses peurs devant ces souffrances qu’il essaye de soulager au mieux.

Le docteur Brandao est saisi par l’émotion lorsqu’il entend Karine prononcer ces mots « je ne suis pas née pour cette vie ». Après un moment de silence, il lui demande : « La mort, qu’est-ce que c’est pour toi ? ». Et Karine de répondre : « Tu sais, quand nous sommes petits, parfois, nous allons dormir dans le lit de nos parents, et le lendemain, nous nous retrouvons dans notre propre lit, pas vrai ? C’est pareil, un jour je dormirai, et mon Père va venir me prendre, et je me réveillerai dans Sa Maison, dans ma vraie vie ! ».

Le docteur Brandao témoigne être resté sans voix, abasourdi, bouleversé par cette maturité précoce de cette petite fille, forgée par la souffrance, mais aussi par la vision et la spiritualité dont elle fait preuve. Elle répète : « Ma mère aura beaucoup de chagrin et de nostalgie ». « Que signifie pour toi la nostalgie ? » s’enquiert le médecin. « La nostalgie, c’est l’amour qui reste ». Karine s’en est allée, voici de nombreuses années. Le médecin dit combien elle l’a aidé à améliorer sa vie, à être plus humain et attentionné avec ses patients, à repenser ses valeurs. « Quelle bonne chose que la nostalgie existe – conclut-il- l’amour qui est resté éternel ».

Ne nous trompons pas. La maladie demeure bien un scandale, particulièrement quand un enfant en est victime. Chacun est singulier devant cette violence qu’elle représente. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise façon de la traverser, et Karine n’est pas un modèle. Mais elle est une lumière. Elle nous rappelle que le mystère pascal est gravé au plus profond de tout homme, de chacun de nous : cette Espérance que la vie est plus forte que tout mal et que toute mort, et que l’Amour est éternel.