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Le Bon Dieu a remis Laure à sa place

Laure est malade psychique, et vit en Bretagne. Du fait de sa maladie, des lourds traitements, elle est très limitée dans ses capacités. Récemment, Anne, sa sœur, lui propose de visiter Paris. Tout se passe bien jusqu’à ce que sous la Tour Eiffel, une alerte à la bombe provoque un mouvement de foule. Dans la cohue, les deux sœurs sont séparées. Angoisse terrible pour Anne, qui voit la nuit tomber, et sa sœur handicapée perdue dans Paris, sans argent, ni téléphone, incapable de retrouver seule son chemin

Six jours ! Ce sont six jours d’angoisse et de recherche ininterrompue. L’histoire se termine bien, Laure a finalement été retrouvée dans un train pour la Bretagne dans lequel un sans-abri l’avait fait monter. Immense soulagement pour Anne, qui en plus de partager sa joie, a voulu raconter sur internet la beauté de ceux qu’elle a rencontrés dans cette difficile expérience.

Elle a rencontré des policiers délicats, attentifs à sa détresse, rassurants, qui ont mis en place tous les dispositifs possibles pour retrouver Laure. Ils ont arpenté les rues et les ponts avec Anne, interrogeant avec douceur les hommes et femmes qui y vivent, les « SDF »

Elle a été saisie de l’élan de solidarité chez ces SDF. Ils ont diffusé les tracts de recherche, ils ont communiqué entre eux dans tout Paris, ils ont guidé Anne et les policiers vers des lieux possibles de retrouvailles. Ils ont aussi rassuré Anne sur leur monde de la rue : « La rue est pleine de gens comme Laure – lui a dit Xavier– Dans la vie normale, l’étrangeté dérange. Mais parmi nous, elle ne sera pas jugée. On prend l’autre comme il est, sans lui poser de questions »

Laure retrouvée, la nouvelle s’est répandue aussi vite que celle de sa disparition. Anne a reçu un SMS de Rachid, SDF de Barbès : « Cette femme m’a fait pleurer. Tout le monde l’a cherchée. Le bon Dieu aussi l’a cherchée, et Il l’a remise à sa place ».

Oui, Rachid a raison : le Bon Dieu nous met à notre place à chaque fois que nous sortons de nos égoïsmes et que nous nous ouvrons à la détresse de l’autre. Il ne s’agit pas d’idéaliser la vie dans la rue, si dure. Mais de reconnaitre cette humanité et cette fraternité qui habitent en toute personne, et que souvent les plus fragiles savent révéler et déployer.

Philippe de Lachapelle