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L'exploit de Eli, la voie du coeur

Eli Reimer est un jeune américain trisomique de 15 ans. Il a récemment établi un record en montagne, en atteignant un camp de base dans l’Everest à plus de 5300 mètres d’altitude. Une première pour une personne trisomique ! Un exploit d’autant plus remarquable qu’il est encore adolescent. Eli mérite sans aucun doute les félicitations et les honneurs dont il a été entouré à son retour.

Le papa d’Eli a expliqué que le but était de « souligner les capacités des personnes souffrant d’un handicap ». Je comprends cette motivation. Les personnes handicapées, et notamment les personnes trisomiques, souffrent tellement de stigmatisation qui les exclue! Comme si le handicap résumait toute leur vie ! Il faut sans cesse se rappeler que chacun d’entre nous, handicapés ou non, sommes toujours beaucoup plus grands que nos échecs, nos difficultés, nos limites, nos souffrances, nos peurs ... Comme il faut sans cesse se rappeler aussi que, handicapés ou non, nous sommes beaucoup plus grands que nos exploits, nos diplômes, nos réussites, nos dépassements, aussi méritants soient-ils…

Eli à sa manière l’a bien compris. Un journaliste lui demande ce qu’il allait raconter à ses camarades lorsqu’il retournerait à l’école. J’aurais pu imaginer qu’il allait décrire par le détail son exploit : les cols gravis, les glaciers traversés, les pentes vertigineuses… Ou encore l’effort physique, les douleurs musculaires, la respiration difficile à cette altitude… Non, Eli a seulement répondu avec fierté : «Je leur dirai que j’ai aimé être avec mes nouveaux amis de montagne ». Comme s’il mettait l’exploit sportif en retrait par rapport à ce qu’il y a trouvé d’essentiel : des amis !

Eli, dans sa simplicité, nous révèle à sa manière ce que nous désirons le plus, au fond de nous-mêmes : c’est l’amitié, beaucoup plus que l’exploit. Il nous rappelle aussi que l’exploit a d’autant plus de valeur qu’il conduit à l’amitié. Bruno Tardieu, responsable du mouvement ATD quart monde écrivait : « Pourquoi apprendre des pauvres ? Non parce qu’ils sont pauvres, mais parce qu’ils sont des hommes, et à ce titre, leur expérience est source d’apprentissage pour l’humanité ». L’expérience d’Eli que nous pouvons retenir, c’est que si nous ne pouvons tous prétendre emprunter les voies de l’Himalaya, la voie du cœur, elle, est accessible à tous.