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Les difficultés de Pierre

Murielle et Jacques ont quatre enfants. Pierre, 22 ans, le troisième, leur cause bien des soucis depuis l’adolescence. Difficultés scolaires, relationnelles, il a changé d’établissement à plusieurs reprises, sans jamais trouver son équilibre. Très isolé, Pierre était traversé de doutes sur lui-même, de questions existentielles ; des angoisses violentes tourmentaient ses nuits. Murielle et Jacques ont d’abord pensé à une crise adolescente forte, longue. Ça irait mieux après le lycée. Ce fut le contraire : Pierre n’est pas arrivé à suivre l’université. Hospitalisations à plusieurs reprises, submergé d’angoisse, moult consultations, et toujours la même interrogation sur la cause du mal.

Au début, Murielle et Jacques ont fait part à leur entourage des difficultés de Pierre. Très vite ils ont constaté qu’ils n’y trouvaient aucune aide, au contraire. Les reproches à peine voilés les enfonçaient : « Murielle, tu es trop proche de Pierre – Jacques, tu devrais faire preuve de plus d’autorité ». Les bonnes paroles les accablaient : « Ne vous inquiétez pas, ça va passer ». Même les conseils bienveillants les embarrassaient : « Vous devriez consulter tel spécialiste… avez-vous tenté la médecine douce ?...Protégez-vous ». Du coup, Murielle et Jacques se sont isolés peu à peu. Un jour le diagnostic est enfin tombé, de la bouche d’un grand professeur, froid, presque brutal: « votre fils est schizophrène ». Nouvel effondrement. Trop de mots et d’images envahissaient leur imaginaire : « folie – violence – hallucinations ». « Nous avons choisi de ne pas nommer la maladie de Pierre, pas même à nos propres parents, - m’explique Murielle – Nous avons le sentiment que cela nous isolerait et nous stigmatiserait encore plus. »

Un jour, au fond du trou, ils appellent la permanence d’écoute et conseil de l’OCH. On leur suggère de contacter Relais Lumière Espérance, des groupes de partage et de prière qui rassemblent des proches de personnes malades psychiques. Ils se risquent non sans crainte à une première rencontre : « On parle la même langue pour dire l’essentiel – explique Jacques – on s’écoute. Pas besoin de longues explications pour se comprendre. Et cette parole de Dieu qui nous rejoint au cœur de notre blessure, l’Eucharistie, cela éclaire ce que nous vivons. Nous voilà plus forts à notre place de parents, pour accompagner Pierre, et espérer pour lui, qui manque tant d’espérance ».

Relais Lumière Espérance organise une journée réservée aux proches des personnes malades psychiques, ce samedi 15 février. « Quand la maladie psychique stigmatise, quelle espérance ? ». Renseignez-vous auprès de l’OCH.