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De la violence à la tendresse

« Nous ne sommes plus invités, nous sommes évités ». L’homme qui a cette formule, c’est le papa d’Eva, jeune femme atteinte d’une forme sévère d’autisme. Depuis la naissance d’Eva, le vide s’est fait autour d’eux. Il en témoignait dans un documentaire accablant sur M6.

Accablant, car on y découvrait avec stupeur la maltraitance vis-à-vis des personnes handicapées, sous tant de formes : la solitude des familles, jusqu’à l’épuisement. Le manque dramatique de places en établissements, avec ces renvois désespérants entre administrations et institutions. Si une place se libère enfin, c’est pour découvrir l’incompétence des soignants qui abrutissent l’enfant de neuroleptiques inadaptés. Et quand on croyait avoir tout vu, on découvre encore la violence physique et psychique assénée à des enfants si vulnérables par des éducateurs en pleine dérive dans un établissement depuis lors contrôlé. A donner la nausée. Cette violence, est-il bien nécessaire d’en parler ?

Et bien la revue Ombres et Lumière a choisi précisément d’en parler, dans un numéro spécial remarquable. Cyril Douillet, rédacteur en chef, nous explique pourquoi entrer dans ce mystère du mal qui choque d’autant plus qu’il concerne des personnes vulnérables : « parce que le handicap, - écrit-il- qu’il soit de naissance ou issu d’un accident, d’une brisure intérieure, est lui-même une violence. Mais aussi parce que les personnes handicapées subissent parfois violence dans notre société. Violence du regard, du rejet, de l’avortement, des projets d’euthanasie. Enfin parce que des personnes, du fait de  leur maladie ou leur handicap, sont parfois acteurs d’une violence non maîtrisée qui ébranle l’entourage. La violence déshumanise et défigure ; elle enferme et exclut à la fois. Elle ne supporte aucune complaisance.

Un peu plus loin, il ajoute : La violence est humaine : elle est cette part d’ombre en chacun de nous, signe de notre fragilité ou de notre blessure. La reconnaître en vérité, c’est commencer à la transformer. Mettre des mots, chercher des réponses, cheminer vers le respect, c’est déjà faire reculer la nuit. Qui sait peut-être se manifestera la tendresse de Dieu ? » écrit-il en guise de conclusion. La tendresse… C’est précisément le mot qu’emploie Jean Vanier pour dire ce qu’est pour lui l’opposé de la violence : « une façon d’écouter, une façon d’être devant l’autre, de lui montrer qu’il est important… La tendresse est un don de l’Esprit Saint ». De la violence à la tendresse, il est là le chemin, pour chacun de nous, et les plus vulnérables nous y convient.