Série Web - Jubilé des personnes handicapées
[Mgr Rino Fisichella] « Vous qui vivez avec un handicap, vous êtes au centre de l’Église ! »
Sur la place Saint-Pierre de Rome, devant un parterre de 95 nationalités, dont de nombreuses familles touchées par le handicap, Mgr Rino Fisichella a donné mardi 28 avril une catéchèse sur l’espérance, « une flamme capable d’alimenter notre vie ». Le préfet du dicastère pour l’évangélisation a rappelé avec force aux pèlerins leur importance cruciale dans l’Église et le monde.
La catéchèse matinale prononcée mardi par Mgr Rino Fisichella a profondément marqué les pèlerins, resserrés au cœur de la place Saint-Pierre irradiée par le soleil, le deuxième jour du jubilé des personnes handicapées. « Comme le pape François nous l’a appris, nous devons raviver l’espérance qui est au fond de nous, a exhorté le préfet du dicastère pour la nouvelle évangélisation. « Nous devons vivre de telle manière que l’espérance doit être une flamme capable d’alimenter notre vie. Chaque jour, nous côtoyons déjà l’espérance : dès que nous ouvrons les yeux le matin, la première qui nous tient compagnie, c’est l’espérance, même si nous ne nous en rendons pas compte, même si nous l’oublions. Elle est toujours à nos côtés, et nous guide pendant toute notre existence. » Mgr Fisichella a proposé de rechercher non pas la « cause » de l’espérance, mais sa définition même. « La vraie espérance a un visage, et c’est le visage de Jésus-Christ. L’espérance, ce ne sont pas les espoirs qui passent, c’est une personne. »
Personne n’est capable d’aimer aussi profondément que vous.
« Les personnes plus fragiles, souvent, ne reçoivent pas l’attention qu’elles méritent, alors qu’elles sont, au contraire, le cœur de l’Église », a-t-il poursuivi, avant d’interpeller dans un élan les pèlerins : « Vous êtes au centre de l’Église, car vous êtes les plus importants ! Faites de votre handicap la force de l’amour que l’Église donne à tous ! Personne comme vous n’est capable d’aimer aussi profondément que vous, de témoigner de ce qu’est un amour vraiment chrétien. »
Mgr Fisichella a tenu à remonter le temps pour évoquer un personnage inconnu de beaucoup, comme témoin essentiel de sa catéchèse. « Le 18 juillet 1013, une mère a mis au monde un enfant handicapé, complètement déformé (il était atteint d’une paralysie spastique, ndlr). Cette femme, Gertrude, et son mari, étaient d’un haut rang et vivaient au sud de l’Allemagne. À cette époque, lorsqu’un enfant avait cette sorte de handicap, il pouvait être jeté dans un ravin. Les parents ne voulaient pas garder l’enfant, par crainte du déshonneur. Ils l’ont alors confié à une communauté de moines. Cet enfant s’appelait Hermann. Il ne pouvait pas marcher, il ne tenait pas debout ; les moines ont construit pour lui une chaise, mais il n’arrivait pas à tenir bien assis. Ses doigts étaient repliés, son corps faible, il n’arrivait pas à écrire. Sa bouche était déformée, il n’arrivait pas à parler, à se faire comprendre. Les moines lui ont donné comme surnom ‘le contrefait’. Ils ont su lui montrer des marques d’amour sans réussir à lui donner tout le respect qui lui était dû ». En grandissant, Hermann s’est passionné pour les mathématiques et a construit des instruments de mesure, mais aussi appris la musique, le latin, le grec, l’arabe. « Son corps était déformé, mais son esprit était curieux, sa mémoire vive, et il a pu montrer le génie de sa pensée », a poursuivi le cardinal. De fait, Hermann de Reichenau a plus tard été surnommé « la merveille du siècle », alors que lui-même se disait « le rebut des pauvres du Christ, plus lent d’esprit qu’un ânon. »
« Hermann ne se considérait jamais comme une personne incapable ou malheureuse, au contraire, c’était lui qui rendait joyeuses les personnes qu’il côtoyait », a souligné Mgr Fisichella. « Mais savez-vous pourquoi je vous raconte cela ? » a questionné le cardinal. « Hermann est celui qui a inventé le Salve Regina. Cette prière du Salve Regina, nous la devons à un enfant rejeté par sa famille à cause de son handicap. La vraie espérance s’enracine dans la joie d’avoir une mère, Marie, Mère de miséricorde, (…) A l’image d’Hermann, vous ne devez jamais vous considérer comme des personnes qui ne sont pas normales, et vous laisser abattre. Vous êtes capables de communiquer la force de l’espérance qui demeure au fond de vous. » À l’issue de cette histoire singulière qui a marqué les pèlerins, le préfet pour la nouvelle évangélisation a proposé à la foule, en l’honneur d’Hermann, de chanter ce Salve Regina : « Exprimons notre foi en sachant désormais qui a écrit cette prière, laquelle se poursuit à travers les siècles ». Les milliers de pèlerins ont entonné ce salut à la Vierge internationalement connu, articulant parfois seulement quelques syllabes ou les criant joyeusement. « Salut ô Reine, Mère de Miséricorde, notre vie, notre espérance… »
Hermann ne se considérait jamais comme une personne incapable ou malheureuse, au contraire, c’était lui qui rendait joyeuses les personnes qu’il côtoyait.
Une grappe de jeunes témoins de la paroisse romaine des Saints Martyrs de l’Ouganda, où le tabou du handicap est brisé grâce à un accueil catéchétique et fraternel prioritaire dès l’enfance, a rendu compte de cette espérance à l’issue de la catéchèse. Rapho, un adolescent handicapé non verbal, a pu s’exprimer via une lettre lue au micro par l’une de ses amies. « Ces derniers jours, j’ai beaucoup pensé au pape François, et ce qui m’a frappé lors des funérailles, ce sont ses chaussures noires biens usées dans son cercueil », a-t-il observé. « Celles-ci représentaient l’esprit de pauvreté et de simplicité vécu dans ma paroisse. Quand je serai adulte, je voudrais à mon tour user mes chaussures en aidant les autres ».
À l’issue de la bénédiction de Mgr Fisichella, les pèlerins ont convergé vers les jardins du château Saint-Ange, pour un grand temps festif, vibrant encore de cette exhortation à témoigner au grand jour : « Vous êtes trop longtemps restés dans l’ombre, c’est le moment de raviver l’espérance pour tous ceux qui vivent avec un handicap, car vous êtes les témoins éminents de l’amour du Christ. »
Marilyne Chaumont, 30 avril 2025
