Un pas de biais

Noces de coton

portrait de Cécile Gandon

« Que cette alliance soit le signe de votre tendresse ». En ce samedi de printemps, je suis invitée au mariage d’une amie. Dans l’assemblée, c’est l’émotion. Les vieux couples, la larme à l’œil, se rappellent leur engagement d’autrefois. Les mariés de l’année ont l’impression de remonter sur leur petit nuage. Noces d’argent, noces de coton.

De mon côté, j’oscille entre le coton et le métal. Mon cœur est saisi d’émotion, mais se blinde un peu. Avec mon handicap, je me sens comme décalée, j’ai peur de tomber, de faire tâche au milieu de ce bel ensemble.

Mon regard se pose alors sur un autre couple présent dans l’assemblée. Lui, porte un appareil auditif. Son regard doux et malin observe attentivement chacun de ses interlocuteurs. Il est drôle.  « Comment dis-tu déjà ? Rouspiller? Gouspiller ? Ah, houspiller… Je ne connais pas ce mot… Rouspiller c’est plus sympa non ? Quelque fois j’invente de nouveaux mots, comme ça… » Son sens de l’humour et son autodérision désarçonnent. Sa jeune épouse, très sociable, reformule pour lui les tournures de phases qui lui échappent, les mots qu’il a mal interprétés sur les lèvres de la personne qui lui parle. Roméo et -appelons-la Juliette – font la même taille et ont des regards très semblables. La tendresse, l’attention l’un pour l’autre est palpable. Juliette me confie en riant : « Souvent, quand je rentre à la maison le soir après le travail, il sursaute quand il me voit, car il ne m’a pas entendue arriver… C’est drôle ! »

Ce couple atypique me fait du bien. Dans un mariage où tout semble bien orchestré, comme une magnifique chorégraphie, il me rappelle l’important : l’attention à l’autre qui est unique. La tendresse et la joie que l’on peut s’apporter en s’entraidant. Je bénéficie à leur contact d’une douceur diffuse et leur gentillesse me rend simplement heureuse d’être là.

Cécile Gandon, 5 mai 2025

Porteuse d’un handicap moteur, Cécile Gandon met sa créativité et sa finesse au service de la Fondation OCH. Elle a publié « Corps fragile, cœur vivant » (Emmanuel).

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