Quitte à déranger - Fondation OCH

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Quitte à déranger

Sophie de Coatpont web
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J’aime particulièrement l’art vivant comme évocation de vies réelles et de sentiments intenses…  Récemment, j’ai été décoiffée par une représentation d’une petite troupe estudiantine bordelaise : « Les petits maux en bulle. »

J’ai assisté à des extraits de leur répertoire centré sur les thèmes de la dépression et des troubles du comportement alimentaire, et construit à partir de témoignages de personnes concernées. Nous étions là quelques dizaines de spectateurs, tous concernés de près par les troubles psychiques, directement ou par nos proches : un public averti.

J’avoue, d’abord, avoir été scotchée par le fait que des jeunes étudiants en sociologie, ou autre, choisissent de jouer dans ce type de pièces engagées, sans être concernés eux-mêmes par un trouble psychique, d’après ce qu’ils nous ont dit à la fin de la représentation.

J’ai ensuite été bousculée par les pleurs dans la scène de la dépression. Je n’avais pas envie d’entendre, ni de voir représentée cette souffrance, même jouée. Cela m’a dérangé de réagir ainsi : peut-être parce que j’ai alors été renvoyé à des moments très difficiles de ma vie.

Ma gêne a révélé, en creux, leur talent, puisqu’un de leurs objectifs est de dévoiler la souffrance psychique de la façon la plus réaliste possible. Ces comédiens en herbe incarnaient de façon assez juste, des émotions et des comportements, subtils par définition. Le public, composé d’experts de ces sujets, a reçu avec enthousiasme et émotion leur prestation.

N’est-ce pas une des forces du théâtre, de pouvoir montrer ce qui ne l’est pas, quitte à déranger ?

Je laisse la troupe parler d’elle-même et de leur projet : « Faire éclater sur scène les maux de leurs bulles pour les partager, les désamorcer, les montrer, les incarner, les dénoncer, les accepter, toujours avec bienveillance, poésie et originalité. »

Bulle éclatée !

Sophie de Coatpont,  24 mars 2025

Sophie de Coatpont, atteinte de bipolarité, se destine à être médiatrice de santé paire en psychiatrie. Elle suit actuellement une licence professionnelle à l’université et travaille dans une association à temps partiel, où elle apprend à accompagner des adultes avec un handicap psychique. Avec ses mots qui frappent sans jamais abîmer, trempés dans sa foi et sa soif de vivre, Sophie de Coatpont traverse le fil précaire de l’existence, en quête d’équilibre.

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